Nox (Canal +) : l’avis de la rédac’ sur la mini-série !

Diffusée en mars sur Canal +, Nox est une mini-série française en 6 épisodes de 52 minutes qui met en scène la mystérieuse disparition du Lieutenant Julie Susini (Maïwenn) que sa mère Catherine (Nathalie Baye), ancien Capitaine de Police, part rechercher jusqu’aux entrailles de Paris avec le Lieutenant Raphaël Berger (Malik Zidi), le partenaire de sa fille. Nous vous avions déjà fait part de notre avis sur le premier épisode, voici désormais notre critique de l’intégralité de la mini-série.

***Attention, cet article contient des spoilers !***

 

  • Un polar noir

Dès le deuxième épisode, notre première impression est confirmée : il s’agit d’un polar sombre, très sombre même, qui va nous emmener dans les ténèbres des niveaux souterrains de Paris et bien plus, puisque c’est la noirceur de l’âme humaine elle-même à laquelle va nous confronter Nox. Les thèmes sont en effet glauques : outre la corruption policière que l’on retrouve assez souvent dans les polars, il sera également question de marchandage de vie humaine, ou plutôt de mort. Car Nox est en réalité un réseau du Dark Net vendant aux enchères des êtres humains, principalement des sans-papiers afin que personne ne les recherche, afin qu’ils se fassent tuer sans raison par d’autres personnes, simplement pour “satisfaire un instinct primaire”. Cette vérité nous provoque alors un écœurement et une réflexion : qui sont réellement les condamnés ? Les pauvres victimes innocentes qui se font kidnapper puis exécuter ou les lâches déséquilibrés qui commettent des crimes gratuitement pour leur soi-disant “bien-être”? Nox est un polar à l’atmosphère anxiogène et violente, qui ne nous laisse pas indifférent et qui fait froid dans le dos, aussi bien grâce à la réalisation qui nous entraîne dans les limbes parisiennes avec des psychopathes aux masques effrayants que dans l’écriture, nous emmenant dans les méandres de l’âme humaine… Comme quoi, sous les Champs-Elysées (à la fois avenue célèbre parisienne et Paradis mythologique, ndlr) se cache le Styx, fleuve des Enfers…

 

  • Des protagonistes à la personnalité complexe que révèle la catabase

C’est une réelle descente aux enfers qui s’opère ici, que ce soit au sens propre ou figuré. En effet, l’exploration souterraine des entrailles de Paris effectuée par Catherine et Raphaël s’avère être un parallèle avec leur propre chute intérieure, tandis que Julie -captive des ténèbres- a déjà sombré, aussi bien physiquement que moralement. Et c’est à travers un développement psychologique des personnages que l’on comprendra cela. Catherine, tout d’abord, semble être une femme forte, au caractère bien trempé qu’il ne faut pas chercher mais on la découvrira pleine de fragilité quant aux regrets qu’elle éprouve suite à la disparition de sa fille. Elle prendra conscience de ses erreurs en tant que mère et sera au final une bien meilleure mère pour Julie qu’elle ne l’a jamais été, alors que sa fille n’est pas là. La rédemption finale clôturera la storyline cohérente du personnage, joué par une Nathalie Baye inédite à contre-emploi total qui porte la série sur ses épaules. Elle est aidée par un très bon Malik Zidi qui incarne un Raphaël complexe qui se révèle d’épisode en épisode. A première vue consensuel et craintif, Raphaël culpabilise d’abord, s’assombrit ensuite puis finira par sombrer tout court. Plus la saison avance et plus la lumière du protagoniste s’éteint pour laisser place aux ténèbres.

Face à eux, le personnage de Hadji (Lubna Azabal, ci-dessous à gauche) représente l’incorruptible à plusieurs niveaux : de par son statut puisqu’elle est commissaire de la Police des Polices, et de par sa moralité, puisqu’elle restera extérieure à l’action et n’en prendra partie qu’en toute fin de saison où elle fera ce que lui dictent ses principes. Contrairement à Raphaël, le personnage sera intouchable et gardera sa lumière. A noter qu’elle restera en surface toute la saison et ne descendra qu’à la toute fin du dernier épisode, la réalisation jouant bien évidemment sur la dualité ombre et lumière aux sens propre et figuré. A l’inverse, on trouve dans la mini-série un personnage marquant encore bien plus nébuleux que les ripoux ou les commanditaires de Nox, qui suscite d’abord de l’empathie (voire de la pitié) puis de l’antipathie et même du dégoût : celui d’Emma (ci-dessous à droite), très justement incarnée par Valérie Donzelli, qui est l’une des victimes-bourreaux de Nox. Victime par auto-apitoiement et égocentrisme mais bourreau car elle cédera à la tentation du meurtre et ne verra aucun problème à supprimer “des encombrants” comme elle les appelle, ces immigrants, sans-papiers ou SDF tués au nom de la folie de certains, dont la sienne. En bref, Nox offre des développements psychologiques poussés à ses protagonistes, révélés par leur cheminement tout au long de la saison.

 

  • Un dénouement osé à l’image de la série 

On retiendra cette réplique glaçante dans l’ultime épisode prononcée par l’un des commanditaires de Nox : “Je vois ça comme un travail d’utilité publique (…) Les psychopathes ne constituent pas la plus grande partie de ma clientèle, non, cette pulsion de meurtre on l’a tous et on la gère, plus ou moins bien. Moi j’aide à la libérer“. Et c’est dans une totale logique des choses que prend place le dénouement : violent, triste et glauque, sans retour en arrière possible. Ce n’est pas pour rien que Nox est le nom latin de la déesse grecque de la Nuit et des Ténèbres… car c’est bien là que nous emmène la mini-série après six épisodes qui ne nous laissent aucun répit. Dans les ténèbres. Le réalisateur Mabrouk El Mechri sacrifie donc ses deux héroïnes, Catherine et Julie, faisant de Raphaël le seul survivant de Nox. Julie se savait condamnée et n’a pas essayé de se débattre face à la mort. Quant à Catherine, elle a enfin obtenu sa rédemption et est devenue la mère qu’elle aurait dû être. Mère et fille sont finalement réunies dans la mort. Le personnage de Raphaël est arrivé trop tard pour sauver les deux femmes, se condamnant lui-même. Il est vivant oui, mais plus comme avant. Mort à l’intérieur ? Car Raphaël gardera à jamais les cicatrices de cette histoire et le plan final lui revient même, où il se salit les mains à son tour en tuant de sang-froid son ancien commissaire, le ripoux Garraud (Frédéric Pierrot). Raphaël a cédé lui aussi aux ténèbres en tombant dans les profondeurs de l’âme humaine. La suite ? Aucune. Plan noir. Fin. 

 

  • En conclusion

Points positifs :
– le personnage de Catherine Susini et son interprétation par une Nathalie Baye à contre-emploi
– une série prenante et profonde
– le dénouement audacieux, dans la continuité des choses

Points négatifs :
– la prévisibilité de la révélation des “méchants”, à savoir des ripoux
– des épisodes inégaux, tantôt lents, tantôt surchargés

Nox est un polar sombre profond et intelligent qui fait froid dans le dos et qui nous fait réfléchir sur la noirceur de l’âme humaine et les ténèbres dans lesquelles nous pouvons parfois plonger. Avec une réalisation anxiogène à souhait jouant sur les dualités (ombre/lumière et surface/profondeur), la mini-série réussit son pari et ne nous laisse pas indifférents. Note : 3,75/5.

Setsuna

Setsuna

Passionnée de séries américaines depuis toute petite, je suis tombée dans la marmite avec Beverly Hills 90210 et Lois & Clark. Ont suivi Buffy, Charmed, Le Caméléon, Roswell… Assez éclectique, je peux aussi bien regarder Sex and the City que Stargate SG-1. J’ai toutefois une préférence pour le genre fantastique, le quotidien réaliste m’ennuyant quelque peu… Les séries représentent beaucoup pour moi : on s’identifie aux personnages, ils nous font grandir en nous inspirant leur force (Sydney Bristow, Alias) et certains moments qu’ils vivent nous aident à traverser nos propres épreuves. Voilà donc pourquoi je tenais à leur rendre hommage en participant à ce site !

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