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Entretien exclusif avec Constance Labbé (Piste Noire, Balthazar)

A l’occasion du lancement de Piste Noire sur France 2 ce lundi soir et du retour de Balthazar sur TF1, nous avons eu la chance de nous entretenir avec l’héroïne de ces deux séries, Constance Labbé.

Constance Labbé a le vent en poupe ! Jugez plutôt : l’actrice est à l’affiche de la mini-série Piste Noire dès ce soir à 21h10 sur France 2 mais elle tient également depuis deux ans le rôle principal féminin de Balthazar qui est revenu jeudi dernier sur TF1 pour sa cinquième et ultime saison, réunissant ainsi plus de 6 millions de téléspectateur·ices ! Nous avons eu le privilège de nous entretenir en exclusivité avec cette pétillante et sympathique comédienne à qui tout sourit en ce début d’année 2023.

Piste Noire débute ce soir sur France 2. Comment êtes-vous arrivée sur ce projet ?

C’est Fred Grivois (le réalisateur, ndlr) qui m’a appelée en juillet 2021 pour me demander si cela m’intéressait. Quand on commence un peu à travailler, c’est génial de ne pas forcément avoir à passer de castings et d’être contactée directement ! J’ai tout de même envoyé des vidéos pour les gens qui ne me connaissaient pas, à savoir les producteurs et France Télévisions. Avant ça, j’ai lu le scénario que j’ai trouvé intéressant et Fred m’a parlé de sa façon de voir les choses, sa manière de travailler et ce qu’il aimerait pour ce projet. Cela m’a plu, tout comme l’écriture du personnage, et en l’occurrence, j’avais très envie de travailler avec lui donc ça s’est fait comme ça.

Et comment s’est passée cette première collaboration avec lui ?

J’avais joué de manière vraiment anecdotique sur une série qu’il tournait avec mon frère (Guillaume Labbé, ndlr) et je l’avais à peine rencontré à ce moment-là. En revanche, j’avais vu son travail, notamment Trauma, mais aussi L’intervention, un film qu’il a fait dont j’aimais beaucoup l’esthétique. Et parce qu’il a travaillé avec mon frère et d’autres gens que je connais, je savais que c’est quelqu’un qui adore la direction d’acteurs, qui aime les comédiens, ce qui est quand même génial ! Les réalisateurs sont souvent davantage dans la technique que dans le jeu et lui allie ces deux aspects. C’est un énorme technicien qui connaît très bien son sujet et qui a vraiment un souci du cadre, de la lumière et des plans mais c’est aussi un vrai metteur en scène qui aime le jeu, qui aime diriger les comédiens et qui est doué dans ce travail-là. Il réunit ces deux caractéristiques qui sont pour moi -et pour beaucoup- les qualités d’un bon réalisateur.

Donc il savait où il allait ?

Il savait où il allait techniquement parlant. Après, là où c’est chouette de travailler avec Fred, c’est qu’avec lui, on a la place de parler du personnage. Il est très ouvert aux propositions, on a bossé ensemble, il avait des idées de comment est Émilie et il m’a laissée dire ce que j’avais envie d’en faire. Il avait une vraie vision esthétique du projet mais en terme de personnage, on a pu faire une vraie collaboration à deux.

En amont du projet ?

Oui. En fait, il travaille beaucoup avec des moodboards auxquels on a accès. Par exemple, concernant Émilie, on a beaucoup discuté de détails. Tout a une importance pour lui et pour moi aussi. On va avoir une discussion qui va nourrir l’essence du personnage. Ça peut être sur comment elle est coiffée, comment elle est habillée ou de quel bord politique elle est… Rien n’est laissé au hasard et c’est une façon de travailler que j’aime beaucoup car à titre personnel, c’est ce que je fais quand je prépare un personnage et c’est génial quand je peux partager ça avec le metteur en scène.

Fred Grivois utilise notamment les ralentis, comme lors d’une bagarre entre votre personnage Emilie et un suspect. Les cascades, c’est vous ?

Oui c’est vraiment moi ! Ça fait partie de sa manière de travailler et la mienne. Je veux toujours tout faire quand j’y ai accès, et ce, depuis longtemps. Il y avait notamment une série où je jouais une apnéiste et j’ai voulu faire mes cascades et être formée à l’apnée. Quand c’est possible, je trouve ça génial mais il y a des moments où c’est impossible parce que ça peut être trop dangereux. En tout cas, je trouve que ça fait partie du kiff d’être comédienne d’avoir accès à des formations auxquelles on n’aurait pas forcément accès. En plus, je trouve que ça enrichit parce que le physique est très important donc savoir se battre, ne serait-ce que se former à ça en amont du tournage, me met dans un mood particulier. Et cette bagarre que vous mentionnez, c’est quelque chose que j’ai travaillé avant de commencer le tournage avec des régleurs cascades et c’est une véritable chorégraphie de danse.

Tout est calculé alors ?

Tout est hyper millimétré ! D’ailleurs, le jour du tournage, j’ai perdu 1 mm et j’ai loupé un mouvement, du coup je me suis pris une droite !! C’est pour ça qu’il faut que ce soit ultra-travaillé. En plus, on gagne un temps fou pendant le tournage en travaillant en amont comme cela.

Vous avez tourné en conditions réelles dans la neige dans les Alpes : plutôt avantage ou inconvénient ?

Les deux, vraiment. D’un côté, c’est un avantage parce que ça crée des conditions réelles de tournage et le froid met dans un mood particulier avec la station de ski, etc. Cela respecte ce qu’on est en train de jouer. Et puis l’hiver, on est beaucoup plus renfermé sur nous, ce n’est pas la même énergie qu’en été avec la chaleur où on sort, on est sociable, on a envie de faire la fête… L’hiver, on a juste envie de manger une soupe et de ne parler à personne (rires) ! Donc c’était pas mal pour ces conditions-là. Mais d’un autre, physiquement c’était très dur ! J’ai eu 63 jours de tournage, très souvent dehors, et il fallait composer avec le froid, le vent, l’attente. On ne peut pas être couverts comme on aimerait l’être. J’étais en jeans mais on était statique. Malgré tout, le tournage m’a demandé une rigueur absolue, comme celle de me coucher tôt.

C’était un véritable challenge alors !

Oui parce qu’en plus, je n’aime pas trop le froid. Je suis quelqu’un qui préfère avoir très chaud que très froid. Je supporte mieux la chaleur donc c’était un vrai challenge mais je pense que ça a amené quelque chose. Je me suis un peu mise dans une bulle pendant trois mois et finalement ça a aidé au personnage.

Venons-en justement à votre personnage. Emilie est ouvertement lesbienne, un fait assez rare pour une héroïne de polar sur le service public ! Est-ce un critère qui a fait pencher la balance pour accepter le rôle ?

Ce qui m’intéresse, c’est que cette femme soit blessée, que ce passé douloureux la nourrisse dans ses faiblesses et que je puisse ajouter quelque chose au personnage en plus de l’enquête. Parce que ce qui m’intéresse, ce n’est pas forcément de jouer l’enquête mais c’est toute la personnalité d’Emilie. Donc son orientation sexuelle m’intéresse mais ce n’est pas ce qui a fait pencher la balance. Ce qui m’a vraiment plu en revanche, c’est que ce n’est pas de ça dont on parle. Bien sûr c’est triste qu’il n’y ait pas plus d’héroïnes lesbiennes à la télévision, ou peu importe l’orientation sexuelle, mais la véritable évolution serait qu’on n’en fasse pas un sujet. D’ailleurs on apprend tardivement sa sexualité, on n’est pas dans les clichés. L’évolution serait de dire qu’elle est lesbienne comme elle est petite ou qu’elle est gendarme. Ça fait partie d’elle mais ce n’est pas ce dont il s’agit et c’est ce que j’ai apprécié dans l’écriture. J’aimerais que ce soit un-non sujet mais malheureusement on ne peut pas faire comme si la société avait suffisamment évolué pour que ça n’en soit pas un. C’est super que la chaîne ait validé un personnage LGBT et de mon côté, j’étais très contente de le défendre. Et ce n’était pas la première fois car dans Balthazar je suis bisexuelle. Pour Piste Noire, j’étais fière parce que je suis mariée et j’ai eu un enfant donc Emilie a vraiment réussi à faire sa vie et s’assumer pleinement en tant que lesbienne et ça, c’est vachement agréable ! Et j’ai beaucoup aimé jouer avec Solène (Rigot, alias Alexia dans la série, ndlr) et avec Anne (Serra, ndlr) qui joue mon ex-femme.

Parlons de votre binôme avec Thibault de Montalembert qui est bâti sur l’opposition : lui gros fumeur au grand cœur, elle badass au mode de vie healthy. Comment cela s’est-t-il passé ?

Hyper bien ! On ne se connaissait pas mais j’étais très heureuse de travailler avec lui car je trouve que c’est un excellent comédien et j’étais honorée qu’il accepte de jouer mon partenaire. J’étais même stressée car il joue vraiment super bien ! Finalement on s’est très bien entendu et il se trouve qu’on est tous les deux assez bosseurs : on a tout de suite eu le même désir de faire vivre cette relation au-delà de ce qu’il y avait forcément d’écrit dans le scénario. Comme on a eu envie de jouer, on a improvisé et on a essayé de trouver un maximum de détails, de blagues, de traits d’humour ou de choses qui puissent vraiment nourrir ce duo. On était sur la même longueur d’ondes et c’est quelqu’un qui a énormément d’humour dans la vie, quelqu’un qui est très intéressant, un super camarade donc c’était un vrai bonheur de jouer avec lui.

Donc en cas de saison 2, on peut s’attendre à voir votre personnage convertir le sien au yoga ?

Pas sûre ! Là à mon avis, il faudra vraiment que je me lève tôt pour le convertir au yoga (rires) !

En plus de Piste Noire qui débute ce soir, vous êtes depuis jeudi dernier à l’affiche de Balthazar. A quoi peut-on s’attendre pour cette ultime saison ?

A des surprises ! Beaucoup, beaucoup de surprises !! Ce qui va plaire aux téléspectateurs pour cette dernière saison, c’est que les personnages principaux -Balthazar, Camille, Jérôme et toute la clique- sont au cœur des intrigues.

La série aura-t-elle une conclusion ?

Oui. Il y a une belle fin. Surprenante mais belle.

Vous auriez aimé continuer pour une saison 6 ou vous aviez fait le tour ?

Ce serait difficile pour moi de dire que j’ai fait le tour mais j’aurais été très frustrée si la série s’était arrêtée l’année dernière à la saison 4, surtout qu’on a beaucoup aimé collaborer Tomer (Sisley, l’interprète de Balthazar, ndlr) et moi. Evidemment je suis triste de quitter ce tournage, ces personnages et cette équipe mais comme j’ai appris assez tôt en commençant le tournage qu’il s’agissait de la dernière saison, j’ai eu le temps de me dire « OK, maintenant place à de nouvelles aventures ! ». En tant que comédiens, on est assez habitués aux projets qui s’arrêtent et c’est chouette de jouer dans une série récurrente, c’est rassurant, il y a plein de possibilités. Mais j’ai aussi fait ce métier pour voir des rôles et des univers différents donc à la fois je suis triste et en même temps, je n’ai aucun regret et je suis contente de me dire « Quel sera le prochain projet ? ».

Entre Piste Noire et Balthazar, vous avez une très grosse actu ! Cela change la donne pour vous ?

Oui évidemment. Ce serait mentir de dire que ça ne change rien d’accéder à des rôles principaux car on a plus tendance à nous faire confiance derrière puisqu’on se dit « Elle a été capable de faire ça donc elle peut le refaire sur une autre série ». C’est vrai que ça change. J’ai la chance d’avoir des propositions et j’ai surtout la chance d’avoir le choix, ce qui est rare, et je savoure cette période. Ça me permet d’être un peu plus sélective et de me dire « Qu’est-ce que j’ai envie de défendre ? ». Alors que quand on se lance dans ce métier, on se dit qu’on va tout accepter et que quand on a un peu de travail, c’est trop génial ! Là en tout cas, c’est vraiment une chouette période !

Malgré tout, y a-t-il a un rôle que vous aimeriez jouer spécifiquement ?

Je vais répondre à cette question avec quelque chose que, par chance, je vais faire : je vais tourner une série anglaise bientôt à Londres ! Je vais jouer en anglais et dans une comédie en plus ! C’est très différent de ce que j’ai l’habitude de faire, et jouer en anglais sur une production anglaise, c’est un rêve et un challenge en même temps donc je suis très heureuse.

A l’écran, vous dégagez une aisance et un naturel qui vous font sonner juste. Votre acting est instinctif ou il y a beaucoup de travail derrière tout ça ?

Merci beaucoup ! Disons que je crois au travail. Peut-être que j’ai une certaine facilité. Je me sens assez à l’aise mais je me suis toujours sentie à l’aise dans le jeu donc ça, c’est peut-être un truc de départ avec lequel je suis partie. J’ai la chance d’avoir -je ne sais même pas si on pourrait dire ça- un talent mais en tout cas, cette aisance, je l’ai toujours eue. Après je travaille vraiment beaucoup le texte, les personnages, leur histoire, leur passé, ce qui les charge… Et plus je travaille, plus je suis à l’aise. C’est quand je ne travaille pas suffisamment le texte que là je peux stresser et manquer peut-être de justesse. En tout cas, oui, je crois beaucoup au travail.

Donc jouer au théâtre pourrait être un défi pour vous ?

C’est ce que j’ai fait. J’ai commencé par le théâtre et ça me manque parce que la sensation est extraordinaire. La réaction du public est instantanée, la sensation est merveilleuse, c’est tellement différent ! Idéalement ce serait génial de faire les deux mais malheureusement le théâtre et les tournages sont difficilement compatibles. Mais j’aimerais qu’on me propose une pièce que je puisse accepter. J’aimerais beaucoup !

Avec tous ces projets, que peut-on vous souhaiter d’autre pour 2023 ?

Que ça continue comme ça ! Pour le moment, c’est génial franchement ! Je savoure ce que j’ai et je continuer à travailler.

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