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Vikings : l’avis de la rédac’ sur la fin de la série (saison 6 partie 2)

Depuis 2013, la série Vikings nous a emportés à la découverte du mode de vie des guerriers scandinaves. En suivant Ragnar Lothbrok (Travis Fimmel) et sa femme Lagertha (Katheryn Winnick) depuis la ville fictive de Kattegat, en Norvège (le Cattégat est en réalité un espace maritime situé entre le Danemark, la Suède et la Norvège), nous sommes partis à l’assaut de l’Angleterre, de la France, du Maghreb et même de la Russie !
Mais si la série est indéniablement originale et bien reconstituée, l’ensemble des saisons nous a habitués à des incohérences scénaristiques. Vikings est aussi une série particulière parce qu’elle s’étend sur plusieurs décennies et suit régulièrement de nouveaux personnages, les protagonistes du début de la série étant presque tous décédés, leurs remplaçants n’étant pas aussi appréciés du public. La mort du personnage principal, Ragnar Lothbrok, dans la saison 4, a notamment découragé bien des fans. La série s’étant essoufflée, cette saison 6 partie 2 était attendue pour clore honorablement cette histoire. Alors, que vaut la fin de la série Vikings ?

* attention : cette critique comporte des spoilers ! *

  • Une belle reconstitution et des images superbes

Comme toujours, le point fort de Vikings, c’est sa reconstitution de grande qualité. Lorsqu’elle a débuté, Vikings était une série différente et d’un genre nouveau. Elle nous a permis d’en apprendre plus sur la culture viking, tout en se divertissant. Cela fait déjà plusieurs saisons que le mode de vie des Vikings, leurs rites religieux, leurs coutumes et l’organisation de leur société sont laissés de côté. On sent à présent que la vie quotidienne et les rapports de pouvoir sont écrits pour l’intrigue, sans plus se soucier d’une réalité historique. C’est le cas de tout l’arc concernant le trône de Kattegat, complètement invraisemblable et juste destiné à créer des conflits artificiels.
Malgré tout, on ne peut nier que visuellement, la série nous installe en Scandinavie médiévale. Les costumes sont toujours très crédibles, de même que les décors. On salue la diversité d’évolution qu’on voit entre les Saxons, les Vikings, les Rus’ et les Amérindiens. Les décors sont variés et soignés, le spectateur est vraiment transporté d’un lieu à l’autre aussi bien dans les constructions que les paysages, notamment le nouveau paysage de l’Amérique du Nord où débarquent Ubbe (Jordan Patrick Smith) et ses compagnons. Vikings ne donne aucune impression de cheap, ce qui n’a rien d’étonnant car la série est tout de même produite par la chaîne History.
Dans le même ordre d’idées, on connaît la série pour son style contemplatif, avec des moments de spiritualité qui frôlent le surnaturel, et un goût pour les belles images. Cette saison n’est pas en reste : on pense notamment au suicide de Gunnhild (Ragga Ragnars) ou à l’arrivée au Nouveau-Monde. La bataille finale a suivi le même traitement. Bien sûr, le moment le plus touchant et grandiose de cette saison nous était offert dès le début avec la disparition de Björn (Alexander Ludwig) qui défie la mort, tel un fantôme, pour dérouter l’ennemi et offrir la victoire à son peuple. On salue d’ailleurs le prestation d’agonie dans la dignité qui nous est offerte par l’acteur.

  • Des lenteurs, des répétitions et des intrigues sans intérêt

Malheureusement, un des problèmes majeurs de Vikings, qui s’est présenté dans les saisons précédentes et qui n’a pas épargné celle-ci, c’est son écriture très inégale. Michael Hirst, créateur de la série, développe parfois des intrigues à tiroirs beaucoup trop rapidement, tandis qu’il étire à l’infini d’autres arcs, complètement vides.

C’est le cas dans cette saison où 3 intrigues se détachent : le trône de Kattegat, Ivar (Alex Høgh Andersen) et Hvitserk (Marco Ilsø) chez les Rus’ puis chez les Saxons avec Harald (Peter Franzén), et enfin le voyage en mer d’Ubbe et Torvi (Georgia Hirst), d’abord en Islande, puis vers l’Amérique. Il apparaît très rapidement que le troisième arc n’a pas autant de matière que les deux premiers. La seconde partie de saison enchaîne donc, épisode après épisode, des images à peine différentes d’Ubbe et ses compagnons mourant de soif sur une coque de noix. Au bout de quelques occurrences, le spectateur a compris, mais pourtant le montage s’obstine à nous montrer une énième scène de soif à bord, à tel point qu’on est tenté de faire avance rapide. On est presque aussi soulagé qu’eux lorsqu’ils atteignent le Nouveau-Monde ! Notons que le même problème s’était posé avec la première colonie de Floki en Islande, où les mêmes scènes de violence se répétaient encore et encore avec le personnage de Ketill au Nez Plat (Adam Copeland), qui se sont poursuivies en partie 2 au Groenland.

De la même manière, l’intrigue à Kattegat est tout simplement sans intérêt, notamment après la mort de Gunnhild. Heureusement, le personnage d’Harald, présent depuis la saison 4, vient ajouter un peu de profondeur, mais après son départ pour le Wessex, la caméra nous donne à voir les mille et une manigances d’Ingrid (Lucy Martin) et Erik le Rouge (Eric Johnson), deux protagonistes qui ne sont apparus que depuis la saison 6, dans des rôles secondaires ! Ces personnages sont trop récents, pas assez intéressants ni épiques et surtout trop malveillants pour nous intéresser. Nous ne sommes pas suffisamment attachés à eux, et voilà que leurs coups bas sans queue ni tête occupent un tiers du temps d’écran de chaque épisode…

Et paradoxalement, des scènes et des arcs d’importance sont tout simplement bâclés : la bataille pour Kattegat entre les Vikings et les Rus’ prend fin au bout de quelques minutes après la mort de Björn, Hvitserk et Ivar règlent rapidement les choses à Kiev et repartent aussitôt en Wessex. A ce moment-là, un nouveau problème de rythme apparaît puisque les scènes d’avant-combat s’éternisent pour nous livrer une guerre réduite à une seule bataille totalement bâclée.

  • De grosses incohérences scénaristiques et une fin fourre-tout et bâclée

Cette saison regorge d’incohérences scénaristiques, certaines mineures, comme le ventre d’Ingrid. Plusieurs mois semblent s’écouler entre la bataille de Kattegat, le retour à pied jusqu’en Russie avec une crise politique à gérer, le nouveau voyage des frères Ivar et Hvitserk vers Kattegat puis vers le Wessex. Dans le même temps, Ubbe et Torvi voyagent d’Island au Groenland, avant de traverser l’Atlantique en direction de l’Amérique du Nord. Pourquoi la grossesse d’Ingrid ne se voit-elle qu’à la toute fin ? A-t-elle été oubliée par les costumiers ? Etait-ce un tracas dont on ne voulait pas s’embarrasser ? Cela n’est encore pas très grave…

La succession d’Harald pose aussi des questions : il confie son royaume à un personnage qu’il déteste encore quelques épisodes plus tôt. Sans moyen de contraception à l’époque et avec une attitude attestée de violeur, est-il seulement possible qu’Harald n’ait pas engendré le moindre héritier, même bâtard ? Et ce alors qu’il est roi de Norvège, et qu’avant cela il était roi de Vestfold depuis de nombreuses années ? N’a-t-il vraiment aucun homme de confiance plus crédible qu’Erik le Rouge ou Ingrid ? La facilité du scénario saute aux yeux. Plutôt que de créer des arcs crédibles, l’écriture est bâclée pour réutiliser les personnages déjà présents et les occuper.

Mais le problème majeur de cette saison est la fin fourre-tout et bâclée de la série entière. On referme à la va-vite l’intrigue au Wessex en faisant perde les Vikings qui sont de meilleurs combattants et qui étaient en surnombre… Peu importe que cela n’ait aucune crédibilité, comme la mort d’Ivar – la mort la plus critiquable de toute la série – qui survient comme un cheveu sur la soupe parce qu’on ne pouvait pas terminer Vikings sans voir mourir l’un des guerriers scandinaves les plus connus. Puisque Björn est mort, Ivar doit mourir également, et pour ce faire, ressortons une vieille idée oubliée depuis plusieurs saisons : lorsque les yeux d’Ivar deviennent bleus, son corps est fragile. Soudainement, c’est le cas, et Ivar se jette dans la bataille pour s’y faire poignarder par un soldat quelconque et ainsi réaliser la prédiction du Voyant… Une fin ridicule pour un personnage à ce point complexe qui avait été magistralement interprété par le génial Alex Høgh Andersen.

Il faut aussi refermer rapidement l’intrigue de Floki. On peut le comprendre, ce héros étant très apprécié des fans, mais il y a une facilité scénaristique à faire ressurgir au Nouveau-Monde un personnage qui était dans une grotte sous un éboulement en Islande la dernière fois qu’on l’a vu !
La série se termine abruptement en martelant son message : l’ère des Vikings est terminée, le christianisme est partout. Les représentants des Vikings, Ivar et Björn, sont morts, comme Ragnar et Lagertha avant eux. Floki et Ubbe changent de mode de vie en renonçant à la violence gratuite selon laquelle ils ont toujours vécu. Hvitserk se convertit au christianisme, et à Kattegat, un couple de femmes prend le pouvoir… Une fin qui semble pressée alors que les neuf épisodes précédents de la deuxième partie de saison donnent paradoxalement une impression de remplissage et de lenteur.
Espérons que le spin-off de Vikings, Valhalla, ne souffre pas des mêmes failles.

La saison finale de Vikings est donc une déception à plusieurs niveaux. Elle n’échappe pas aux défauts qui avaient déjà parsemés la série : lenteurs, écriture inégale, répétitions, incohérences, facilités scénaristiques. Pourtant, les images restent belles, les acteurs sont toujours aussi justes et ces quelques épisodes faibles ne parviennent pas à effacer une série d’envergure inaugurée par Ragnar et Lagertha, et reprise par les fils de Ragnar. Notre note : 3/5.


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