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La Faute à Rousseau (France 2) : l’avis de la rédac’ sur la saison 1!

La diffusion de la série française La Faute à Rousseau s’est achevée mercredi 10 mars sur France 2. Voici notre avis sur cette première saison.

Nouveauté française de la deuxième chaîne, La Faute à Rousseau a réuni en moyenne 2,83 millions de téléspectateur·rice·s chaque mercredi soir pour la diffusion de sa première saison composée de 8 épisodes de 50 minutes. Reste à savoir si ces audiences convaincront France 2 de commander une saison supplémentaire. D’ici là, voici notre avis sur cette série centrée sur Benjamin Rousseau (Charlie Dupont), prof de philo aux méthodes non conventionnelles, et ses élèves de Terminale du lycée La Fontaine.

  • Une adaptation libre

Si vous l’ignoriez, sachez que La Faute à Rousseau n’est autre que l’adaptation d’un format catalan de Héctor Lozano datant de 2015 intitulé Merlí (#Philo en VF). Le synopsis est similaire au nôtre puisque la série met en scène Merlí Bergeron (Francesc Orella), électron libre au parcours sentimental chaotique contraint de retourner vivre chez sa mère, de renouer avec son fils et de prendre un poste fixe d’enseignant de philosophie dans un lycée. Malgré tout, la version française créée par Agathe Robilliard et Thomas Boullé se veut assez libre puisqu’elle arrive à se démarquer et à trouver sa propre identité. Par ailleurs, La Faute à Rousseau vous a peut-être évoqué d’autres sources d’inspiration tels que Sam ou SKAM. Série axée sur des lycéen·ne·s, elle va au cœur des soucis des adolescent·e·s et joue sur leur rapport avec le corps enseignant, souvent pris d’excès de zèle à leur égard !

  • Un concept intéressant

A l’inverse des shows habituels, La Faute à Rousseau choisit de se concentrer sur un·e élève en particulier par épisode et surtout sur une thématique bien précise. Ainsi, les 8 protagonistes principaux·ales se retrouvent chacun·e sous les feux des projecteurs le temps d’un épisode. De l’expérience de ces élèves sur le sujet abordé en découleront une leçon de philosophie par Rousseau et une leçon de vie pour le·la lycéen·ne concerné·e. Liberté, amour, devoir, identité, justice, désir, vérité et bonheur sont les notions étudiées cette saison qui résultent sur une moralité et font réfléchir le·la téléspectateur·rice. Un concept intéressant sur ces jeunes à l’âge où ils·elles se construisent avec un petit bémol cependant : les intrigues propres aux personnages sont délaissées. En effet, une fois leur heure de gloire passée, nous n’avons pas forcément la continuité de leurs histoires. Ainsi nous ne savons pas ce qu’il advient de la romance naissante entre Emma (Esther Valding) et Quentin (Paul Bartel), ou encore du verdict de la plainte déposée par Aïcha (Myra Tyliann)… Dommage !

  • Des personnages attachants

Dommage en effet car les élèves se révèlent tous attachant·e·s à leur façon et nous prenons plaisir à les suivre dans leur dernière année de lycée. Comme le format nous permet de mieux connaître les 8 principaux·ales de la saison, nous découvrons qu’ils·elles sont plus profond·e·s qu’on ne le croit au premier abord et que chacun·e a ses espoirs et ses parts d’ombre. Tou·te·s vivent des épreuves difficiles à leur niveau, c’est pourquoi la vraie morale de l’histoire serait peut-être de ne pas se fier aux apparences et ne pas s’arrêter aux premières impressions. Nous arrivons par exemple à éprouver de l’empathie pour Margaux (Chloé Zerbib), mythomane avertie qui cache en réalité une souffrance liée à un trouble identitaire ou Gabriel (Grégoire Paturel), homophobe et harceleur qui dissimule une grande insécurité. Les épisodes creusent ainsi la psychologie des protagonistes et la leçon de vie philosophique qui en émane.

Mais nous apprécions également les autres personnages qui sont tout aussi plaisants, à l’instar de la pétillante Stéphanie (Samira Lachhab) qui aurait mérité davantage de développement, ainsi qu’Eva (Anny Duperey), volcanique matriarche aux punchlines bien senties (“la s***** qui t’a transformé en poubelle ?“). Seule Claire (Carole Bianic) se révèle insipide et sans grand intérêt. De plus, elle est uniquement considérée comme amoureuse de service et non comme mère de famille car on ne la voit jamais interagir avec son fils Gabriel alors que celui-ci part en roue libre… Ce point n’est par ailleurs pas le seul acte manqué de la série…

  • Une volonté de bien faire mais…

Alors qu’on sent clairement une volonté de bien faire, la série échoue parfois là où elle essaie de passer un message fort. Parlons plus spécifiquement de l’épisode 6 consacré à Gabriel. Le harcèlement est au cœur du propos et malheureusement, son traitement est maladroit… puisqu’exclusivement masculin ! En effet, la parole n’est jamais donnée aux victimes ni plus généralement aux autres femmes du show car c’est Rousseau qui va prendre l’affaire en mains. Repensons par exemple à la scène du conseil de discipline : ni Charlotte la directrice (Anne Girouard) ni Stéphanie ne pourront s’exprimer sur le sujet puisque Rousseau leur coupe la parole pour imposer ses idées à lui. Il aurait au contraire été intéressant de permettre aux femmes d’amener leur avis sur la question et surtout de confronter Gabriel à dialoguer avec l’une des victimes.

En outre, comme évoqué dans le point suivant, les parents semblent rarement intervenir dans l’intérêt de leur enfant. Même si ce fait peut parfois refléter la réalité, il s’agit surtout d’une ficelle scénaristique pour mettre en avant les professeur·e·s qui aident leurs élèves. Or, nous aurions aimé voir davantage d’encadrement parental dans la construction de ces jeunes personnes. Autre exemple qui part d’une bonne intention : celui du dialogue sur la diversité sexuelle entre Théo (Louis Duneton) et sa grand-mère Eva. Cependant, l’opposé d’un individu cisgenre est une personne transgenre et non transsexuelle ! Malgré cette erreur, nous apprécions l’effort d’inclusion et de diversité des scénaristes. De manière générale, la série a le courage d’évoquer des sujets difficiles…

  • Une série qui aborde des thématiques sensibles

Une lycéenne qui doit gérer sa mère bipolaire en pleine phase maniaque, un fils délaissé par son père qui se noie dans les médicaments, une jeune fille victime de grossophobie, un ado qui veut sortir de la pauvreté quotidienne dans laquelle il vit en intégrant le système capitaliste, une fille d’avocate qui porte plainte contre un policier pour dénoncer les abus, un ancien délinquant qui pense sa vie condamnée suite à une faute grave qu’il a commise, ou encore une mythomane perdue dans ses mensonges qui ne sait pas qui elle est… Autant de thématiques sensibles abordées le plus souvent de façon intelligente -malgré quelques défauts vus au point précédent- qui permettront peut-être à certain·e·s téléspectateur·rice·s de s’identifier à ces personnages en proie à des épreuves auxquelles la vie ne les avait pas préparée. Certains sujets évoqués sont plus complexes que d’autres et nous ne pouvons que compatir aux fardeaux portés par ces jeunes personnes. Pour autant, La Faute à Rousseau ne fait pas de ces protagonistes des victimes car tous finissent par révéler leur force de caractère. Pour ce faire, ils·elles sont aidé·e·s dans leur quête par le héros éponyme de la série, Rousseau, qui n’est pas si héroïque…

  • Rousseau, un fautif à tous niveaux

Comme le dit l’expression, ce sont souvent les cordonniers les plus mal chaussés. Cet adage s’applique ici à notre prof de philo hors du commun, Benjamin Rousseau. Que dire de ce personnage si ce n’est qu’il est un paradoxe ambulant ? Toujours à prêcher la bonne parole pour les autres, il gère au contraire très mal sa vie familiale et sentimentale… En effet, si Théo va mal, c’est totalement la faute à Rousseau ! Père absent et égoïste, il fait passer ses besoins et désirs avant ceux de son enfant et nous remercions sa mère Eva d’être là pour le remettre parfois à sa place comme il le faut ! A travers son fils, c’est aussi le·la téléspectateur·rice qu’il déçoit car il nous est malgré tout sympathique -bien qu’horripilant- dans sa démarche d’aider ses élèves et de les guider vers le droit chemin.

Pris d’excès de zèle, il se mêle un peu trop de ce qui ne le regarde pas et le fait parfois de manière irrespectueuse, notamment en étalant les problèmes de ses étudiant·e·s en classe, même si sans lui, certain·es d’entre eux·elles n’auraient sans doute pas surmonté leurs épreuves personnelles. Sur le plan amoureux, Rousseau est complètement immature puisqu’il se conduit lâchement envers Stéphanie -qu’il a pourtant présentée à sa famille- dès qu’il revoit son amour de jeunesse Claire. Nous ne comprenons d’ailleurs pas sa fascination envers elle, si ce n’est la nostalgie du passé, et le manque d’alchimie entre les deux acteurs n’aide pas notre jugement. Cependant dans sa globalité, le personnage de Rousseau ne nous laisse pas indifférent et il suscite en nous des émotions contradictoires… à son image donc !

En conclusion, La Faute à Rousseau s’inscrit dans l’air du temps en abordant des thèmes sérieux qui touchent à la construction des jeunes lycéens dépeints dans la série. Car même si le titre porte le nom de Rousseau, ce sont bel et bien les élèves les véritables héros du show et les leçons de vie philosophiques qu’ils apprennent au cours de leurs expériences. Pour autant, Charlie Dupont campe parfaitement le protagoniste principal dans toute son ambiguïté et nous aimerions beaucoup le retrouver pour une seconde saison ! Notre note : 4/5.

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1 commentaire

Nuria Balmes Mandri

le 22 juin 2021 à 22h08

Une horrible série. Avec des professeurs aussi immatures, ils ne veulent pas rouvrir un livre de philosophie. Le personnage d’Anny Duperey est d’un jeu excessif qui arrive à agacer. La seule chose qui ressort est la présence de Carole Bianic, qui parvient à réaliser un personnage fatalement écrit. Une deuxième saison est tout aussi inutile que la première.