Séries Mania : interview avec Kim Hong-Sun, réalisateur de la série horrifique The Guest

Suite à la projection en première internationale des épisodes 1 et 2 de The Guest lors du Festival Séries Mania Lille, nous avons rencontré Kim Hong-Sun, réalisateur de la série horrifique diffusée sur OCN en Corée du Sud. Le réalisateur répond à nos questions et nous en dévoile davantage sur cette série que l’on espère voir très bientôt sur les écrans français.

Just About TV : Pourquoi avoir décidé d’aborder le sujet de l’exorcisme pour votre première série d’horreur ?
Kim Hong-Sun : L’exorcisme est un nouveau genre en Corée. En recherchant quelque chose de nouveau et en l’associant à ma foi, je suis arrivé à ce sujet-là dans mes recherches.

Comment vous êtes-vous documenté pour faire vos recherches pour The Guest ?
Je suis catholique pratiquant. Il n’y a pas de prêtre exorciste en Corée, cela n’existe pas. Je suis allé me renseigner aux Philippines pour les étudier, voir comment cela se passait, comment cela fonctionnait, cela m’intéressait.

Quels éléments avez-vous observé puis utilisé dans la série sur les prêtres exorcistes ou les exorcismes sur lesquels vous vous êtes renseignés ?
Il existe aux Philippines une école de prêtres. Je me suis rendu là-bas pour voir comment était l’éducation de ces prêtres et observer comment ils travaillaient. Je me suis inspiré d’objets, de paroles que disaient les prêtres aux moments des rituels. Ce n’est pas quelque chose que j’ai retranscrit exactement dans la série, je m’en suis seulement inspiré pour pouvoir le réaliser.

Au-delà de votre expérience aux Philippines, y a-t-il des livres, des films ou des séries dont vous vous êtes nourri pour pouvoir faire The Guest ?
Plus que de l’inspiration de films ou de livres, je me suis vraiment inspiré de la religion des croyances chamaniques que l’on appelle le kut en Corée. À partir des histoires traditionnelles coréennes, encore présentes aujourd’hui, je me suis inspiré par exemple des êtres maléfiques.

Pourquoi avoir souhaité associer la tradition chamaniste à la religion catholique ?
Pour moi, cela a vraiment été un déclic entre la religion catholique, arrivée assez récemment par rapport au chamanisme en Corée, et le chamanisme, présent depuis plus de 2000 ans. La manière de faire est différente, les rituels sont différents mais le but est le même : guérir les gens, faire sortir les mauvais esprits. Il y a quelque chose de très marquant : dans les rituels exorcistes, le prêtre dit à la personne exorcisée de donner le nom de l’esprit maléfique qui le possède. Les chamans font exactement la même chose, ils demandent « qui te possède ? Qui est en toi ? Sors de ce corps, dis moi qui tu es ». Il y a une identification qui est là et à travers les mots, les danses… Je trouvais cela intéressant que les deux commencent le rituel de la même manière.

Pourquoi tant de violence autour des familles ? Dans les deux premiers épisodes, chaque personne possédée attaque en premier lieu sa famille avant d’agresser des inconnus.
Les raisons des violences au sein de la famille sont expliquées au fur et à mesure de la série. Le personnage principal, Hwa-pyung, se retrouve possédé par l’esprit maléfique qui fait en sorte que la personne possédée tue les gens qu’elle aime le plus. C’est pour cela qu’elle en vient à tuer ses proches d’abord la famille, les amis… En se nourrissant de l’amour des proches, c’est comme cela que le démon devient de plus en plus puissant.

Le démon s’empare des esprits faibles et des malades, qu’entendez-vous par esprits faibles ?
La réflexion de départ vient des agressions qui se produisent énormément en ce moment en Corée du Sud. Des personnes agressent des passants qu’elles ne connaissent pas, sans aucun lien entre les agresseurs et les victimes. C’est un problème sociétal assez important maintenant en Corée du Sud. Pour moi, ces personnes-là ont un problème avec la société, ont connu des injustices au long de leur vie. Elles ont de la rancoeur, des sentiments refoulés en elles et c’est comme cela que, par la suite, elles arrivent à commettre ces actes. Les esprits faibles sont pour moi ces personnes qui ont été victimes de la société.

Dans Kingdom, une série Netflix sud-coréenne d’horreur, l’acolyte du héros est assez comique. Dans The Guest, l’ami du personnage principal est de la même tonalité. Sert-il à contrebalancer la gravité et le sérieux avec une touche un peu plus décalée ?
Mettre un personnage un peu plus léger n’a pas été volontaire. Au départ, un chaman ami du personnage principal était vraiment intéressant pour moi. Cet acolyte paraît au début très léger et plus comique, au fil des épisodes devient de plus en plus sombre et noir. Pour moi, il est essentiel que les personnages évoluent tout au long de la série. Tous les personnages que l’on voit dans les épisodes 1 et 2 changent. Pareil pour Hwa-pyung, il paraît indifférent, un peu insouciant puis commence à aller de l’avant.

Comment arrive-t-on à faire peur dans une série en 2019 ? Quels procédés avez-vous utilisé pour arriver à provoquer l’angoisse et la peur chez le téléspectateur ?
Que ce soit au niveau de la caméra ou même du son, j’essaie d’être le plus réaliste possible. Je mets la caméra à la place de la victime, c’est-à-dire que le téléspectateur se trouve à la place de la victime et voit l’agresseur mais pas la victime en soi. Je veux faire ressentir la peur de l’agressé, en 2019 c’est difficile de faire peur à des téléspectateurs -on a déjà un peu tout vu, j’essaie de passer par les sentiments.
Au niveau du son, j’ai collaboré avec quelqu’un pour créer tous ces sons, on a travaillé pendant très longtemps sur le bruit et les chuchotements. Nous avons enregistré beaucoup de personnes : des enfants, des adultes. Nous avons essayé de les assembler les un avec les autres pour que cela fasse un rendu un peu angoissant. Pour le bruit des esprits maléfiques lorsqu’ils parlent, c’est une espèce de prière des démons qui est inversée dans la série. On ne comprend pas ce qu’ils disent mais plus on avance dans les épisodes, plus elle devient claire et on décrypte ce que les démons disent.

Il va y avoir un adaptation cinématographique de The Guest. Comment passer d’une série de seize épisodes à un film ?
Nous sommes actuellement en pleine écriture du scénario et nous espérons pouvoir tourner pendant l’été aux mois de juillet et août pour que le film sort début 2020 au cinéma. L’idée du film est venue du fait qu’à la fin des seize épisodes de la série, je me dis qu’il restait quelque chose à faire. J’avais un sentiment que j’avais encore des choses à dire par rapport à ce sujet-là mais je ne voulais pas faire une autre série ni une autre saison. Cela aurait été trop long et ne s’adaptait pas à ce que je voulais faire. C’est une sorte de suite racontant une histoire se déroulant après la fin de la saison. Les trois mêmes personnages apparaissent. Le scénario est écrit de telle manière que même les personnes n’ayant pas vu The Guest puissent comprendre les enjeux et ce qui se passent.

Après avoir réalisé une série d’horreur traitant d’exorcisme, quelles sont vos envies pour vos projets à venir ?
Aimant beaucoup l’horreur, pourquoi pas une série avec des zombies !

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris que The Guest était sélectionné dans le panorama international du Festival Séries Mania Lille ?
Je n’étais pas au courant que la série faisait partie de la sélection, quand je l’ai appris je me suis dit « pourquoi m’invite-t-on en France ? C’est génial ! ». J’étais principalement surpris ! Maintenant que je me trouve au Festival, je suis très reconnaissant. Par la suite, j’espère pouvoir être là pour présenter d’autres séries.

AgatheBaie

AgatheBaie

Agathe, 23 ans, ex-sorbonnarde et étudiante en master de journalisme culturel à l'ESJ Paris. Passionnée par le cinéma hollywoodien - que ce soit celui qui nous met des étoiles plein les yeux ou celui qui nous fait réfléchir - et fan de séries ! J'aime énormément de genres différents : science-fiction et fantastique, super-héros, drames, historiques,... Mes plus gros coups de cœur : Game of Thrones, Glee, Ally McBeal, Outlander et Sweet/Vicious. Elles ont un point commun : des personnages féminins forts et charismatiques, avec du caractère et traitent de sujets culturels ou de société qui nous touchent tous et toutes.

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