Canneseries : rencontre avec Philipp Käßbohrer et Matthias Murmann, les réalisateurs de la nouvelle série Netflix How to Sell Drugs Online (Fast)

Demain débarque sur Netflix une nouvelle série originale venue tout droit d’Allemagne : How to Sell Drugs Online (Fast). La série comique composée de six épisodes de 30 minutes raconte l’histoire d’un nerd (personne passionnée par les sciences, les technologies et l’informatique) se mettant à vendre de la drogue en ligne pour impressionner son ex. Il devient l’un des plus gros dealers d’Europe. À l’issue de la projection des deux premiers épisodes lors du Festival Canneseries, nous avons rencontré Philipp Käßbohrer et Matthias Murmann, les deux réalisateurs de la série Netflix pour parler adolescence, drogues et réseaux sociaux.

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Just About TV : How to Sell Drugs Online (Fast) est inspiré de faits réels. Quels parties de l’histoire vraie avez-vous intégré dans la série et quand avez-vous réalisé que cela faisait une bonne histoire à raconter ?
Philipp Käßbohrer : Nous avons repris l’idée globale de cet enfant qui construit depuis sa chambre un site similaire à Amazon mais pour de la drogue. Cela nous a pas mal parlé, nous sommes nous-même des nerds. On pouvait comprendre le côté Amazon, moins le côté drogue. L’histoire à l’origine de la série est assez faible et ennuyeuse car l’enfant est un petit peu trop intelligent. Il savait utiliser le dark net (réseau internet permettant d’être anonyme souvent associé à des activités illégales, NDLR) et il n’a fait aucune erreur jusqu’au jour où il a été arrêté. Donc dès le début nous savions qu’il fallait que l’on raconte notre histoire avec nos propres personnages. Cela devait être une histoire sur l’amour, l’amitié, les choses auxquelles doivent faire face les jeunes gens dans la vie réelle et sur la vente de drogues en ligne évidemment.
Matthias Murmann : Pour les lieux nous nous sommes inspirés de la chambre d’ado qui vit chez ses parents. Cela nous a énormément inspiré. Lorsque l’on pense au monde de la drogue, on imagine les cartels mexicains, Pablo Escobar et la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Ici, c’est une ville allemande ordinaire qui a un impact énorme dans le commerce de drogues. On a essayé de creuser à partir de là plein d’histoires différentes. Nous avons effectué des tas de recherches pour comprendre comment fonctionne ce monde et ce qu’il y a dans ce monde du darknet.

L’un des sujets principaux de How to Sell Drugs Online (Fast) est la drogue. Pensez-vous que la série devrait éduquer le jeune public, au-delà du divertissement ?
M.M. : Globalement, la série n’est pas là pour éduquer le public. Nous voulions montrer le spectre entier des effets positifs aux effets négatifs de la drogue. Plus tard dans la série, un des personnages va jusqu’à faire une overdose.
P.K. : S’il y a un aspect éducatif dans cette histoire ce n’est pas sur les drogues ou notre point de vue sur si les gens ou pas en consommer. C’est davantage à propos de la difficulté à grandir dans ce nouveau monde. Les parents ont peur que leurs enfants prennent de la drogue mais ils devraient également avoir peur que leurs enfants vendent de la drogue sur le darknet ou qu’ils deviennent des stars de YouTube, ce qui peut détruire parfois davantage une vie que prendre une pilule lors d’une fête. Nous voulions que tous ces risques soient au même niveau.
M.M. : Il est aussi important que le public prenne conscience de ce qu’ils prennent, qu’ils fassent des recherches. Nous avons grandi dans un monde sans internet, sans pouvoir chercher sur Google ce qui nous arrivait. Il n’y a pas de cours à l’école pour expliquer ce que c’est, nous devrions concentrer nos efforts là-dessus. Les jeunes vont à des soirées où il y a un gars qui leur propose une pilule et ils la prennent sans savoir ce que c’est et là se trouve le problème.
P.K. : Finalement, c’est de votre ressort. Pendant un an et demi, je me suis renseigné sur toutes les drogues possibles et imaginables et je n’en ai pas prise. C’est mon choix. Je pourrai en prendre sans que cela soit dangereux mais c’est ma décision de ne pas le faire. Nous ne voulions pas faire une série où le discours consistait à marteler « ne prenez pas des drogues, c’est très dangereux ! » Nous souhaitions porter un message plus progressiste et laisser le public décider par lui-même.
M.M. : Lorsque nous étions adolescents, il était beaucoup plus difficile de se procurer de la drogue. Nous nous sommes même rendu compte que même les jeunes que nous avons casté pour jouer les personnages en savaient beaucoup plus que nous. C’est là, nous ne montrons pas dans How to Sell Drugs Online (Fast) un monde qui n’existe pas.

Au-delà du sujet autour de la drogue, la série traite également d’amitié, coeurs brisés, lycée, réseaux sociaux… Comment souhaitiez-vous représenter ces jeunes gens ?
M.M. : Nous voulions montrer une génération pleine de conflits. Ils ont ce complexe de normalité que toutes les générations auparavant ont déjà eu. Mais il y a aussi ce tout autre monde des réseaux sociaux auquel ils doivent faire face.
P.K. : Ce monde extérieur de la représentation avec Instagram.
M.M. : Tout le monde est connu par sa personne sur les réseaux sociaux. Ils ont des amitiés virtuelles qui, pour nous, semblent fausses mais qui, pour eux, sont bien réelles. Ils n’ont jamais rencontré ces personnes, n’ont jamais vu leurs visages et connaissent uniquement leurs pseudos.
P.K. : Nous souhaitions représenter cette diversion des médias et comment cette nouvelle génération les consomme à chaque instant. Visuellement dans How to Sell Drugs Online (Fast), ils ont tous un bureau avec un ordinateur, ils regardent toujours Instagram, envoient des textos à leurs amis… Par exemple, il y a une scène où le père envoie des sms à ses enfants pour leur dire de venir à table. Ils savent tout, dès qu’ils veulent se renseigner, ils le tapent sur Google ou regardent sur YouTube.
M.M. : Nous espérons que les ados apprécieront la série et retrouvent leur monde et que les parents seront davantage sensibilisés. Divertir les enfants et effrayer les parents !

AgatheBaie

AgatheBaie

Agathe, 24 ans, ex-sorbonnarde et ex-étudiante en journalisme culturel à l'ESJ Paris. Je suis à la fois passionnée par le cinéma hollywoodien - que ce soit celui qui nous met des étoiles plein les yeux ou celui qui nous fait réfléchir - et fan de séries ! J'aime énormément de genres différents : science-fiction et fantastique, super-héros, drames, historiques, horreur... Mes plus gros coups de cœur : Game of Thrones, Glee, Ally McBeal, Buffy contre les vampires, Outlander et Sweet/Vicious. Elles ont un point commun : des personnages féminins forts et charismatiques, avec du caractère et traitent de sujets culturels ou de société qui nous touchent tous et toutes.

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