Festival Séries Mania : compte-rendu de la conférence « Buffy, décryptage d’un classique »

Hier s’achevait la 8ème édition du festival Séries Mania à Paris. Samedi 22 avril, le festival a tenu une conférence (1h30) ayant pour thème « Buffy, décryptage d’une série » pour célébrer les vingt ans de la série américaine. Si vous n’y étiez pas ou souhaitez revivre cet événement, à la rédac’ on vous a concocté un compte-rendu exhaustif de cet après-midi.

Trois intervenantes ont pris la parole pour analyser et mener avec brio la conférence : Sandra Laugier (professeure de philosophie à Paris-Sorbonne), Carole Milleliri (rédactrice en chef de Clap!) et Yaëlle Simkovitch (journaliste séries pour Tessmag, Soap ayant réalisé un mémoire d’histoire étudiant la déclaration de guerre de Buffy et la déclaration de guerre à l’Irak de George W. Bush après le 11 septembre).

Les intervenantes ici, en plus d’être des passionnées, sont des professionnelles ou bien des universitaires ayant effectué un travail scientifique sur Buffy contre les Vampires.

Cette conférence était pour les sceptiques qui ne comprennent pas le phénomène autour du Buffyverse afin de le comprendre, et pour les autres, les nostalgiques de la trilogie du samedi soir, ceux qui ont découvert Buffy tardivement ou simplement pour revoir la série. Buffy est une série encore actuelle, c’est un objet du présent et non du passé. Elle est une série hors du temps avec un discours actuel car justement elle est totalement kitch.

Lors de la conférence, les intervenantes ont chacune mis en avant un angle d’étude de la série différent. Car Buffy aujourd’hui n’est pas un simple trip nostalgie et kitch, la série donne une véritable leçon de production, de réalisation. D’après les conférencières, Buffy reflète un mariage entre rigueur économique et exigence artistique. La série est également une des plus étudiées aux Etats-Unis avec les Buffy studies d’un point de vue philosophique et scientifique.

Les sujets qui n’ont pas été abordés lors de la conférence (par manque de temps) :

  • L’altérité, c’est-à-dire le différent, l’étranger, l’autre avec les figures monstrueuses et merveilleuses, car Buffy est une série sur l’ethnicité et qui souligne des problèmes liés au racisme ;
  • Les questions sur l’identité de l’adolescence ;
  • La mort et en parallèle qu’est-ce qu’être vivant ;
  • Le langage et sa réappropriation ;
  • L’amour et la passion ;
  • Le sens des métaphores.

L’accent a été mis sur la force morale de la série et pourquoi on peut parler d’éducation morale lorsqu’on parle de Buffy et du Buffyverse.

À l’époque de Buffy, la série était considérée comme un divertissement pour ados, c’est maintenant qu’on commence à prendre les séries au sérieux. De plus Buffy a la particularité d’associer un côté populaire et des questions plus profondes de transformations sociales et morales. Elle avait l’ambition de dire ces choses-là, affirmait son sous-texte (qu’on ne remarque parfois pas au premier visionnage de la série).

I ) Le premier angle pour aborder Buffy : Buffy, une série féministe

Buffy est une série féministe mais pas forcément comme on le pense.

Dans son titre, elle met en présence les vampires. Néanmoins l’importance donnée aux vampires souligne aussi la question du genre étudiée via les gender studies (histoire du genre).

Buffy est également souvent présentée comme série féministe car c’est une série qui a réfléchi sur la question de la masculinité. En effet, elle donne une vraie place aux hommes, avec de l’ambiguïté et de l’ambivalence plus que dans d’autres teen series (comme Gossip Girl ou encore Pretty Little Liars).

A. Deux figures masculines emblématiques sont présentes dans Buffy : Angel et Spike

La figure vampirique, le vampire, est la première figure du masculin. Le vampire transforme son visage avant d’attaquer. La transformation vampirique est associée à l’érection et l’acte de mordre symbolise l’acte de pénétration. C’est une action phalocentrée mais très rapidement la figure vampirique dépasse cela.

Les personnages comme Angel et Spike sont des figures très queer : ils relèvent du féminin et du masculin et sont ambigus dans leur identité car ce sont des figures qui sont aussi dominées par le féminin.

B. Question d’altération dans ces personnages

Angel est très important dans la vision de Buffy. Angel domine Buffy par son regard.  Dans l’article scientifique « Visual pleasure and narrative cinema », Laura Mulvey souligne l’importance du regard masculin et comment le regard masculin organise le regard des femmes, que ce soit le regard du réalisateur ou bien celui des personnages dans la fiction. Ici, Angel possède les personnages par le regard.

Angel va essayer de dominer Buffy par son regard mais lorsqu’il se rend compte qu’il n’y arrive pas, il essaie de la posséder physiquement.

Par exemple, dans une scène qui se déroule dans une crypte, Buffy castre le méchant Caleb de l’entre-jambe à la tête. Angel est caché et l’observe. Il se délecte de voir cette scène, du corps de Buffy en mouvement, extrêmement érotique et sexuelle et il dit « Qu’est ce que ça m’avait manqué ! ».

Les femmes retournent ce phénomène et vont dominer par forme mystique (dans le cas de Willow et de Buffy) mais aussi par les personnages masculins qui sont souvent dénudés, torse nu ou en t-shirt mouillé…

Buffy est une série queer : la normalité n’existe pas, on est tous l’autre de quelqu’un, toutes les identités cohabitent dans la plus grande harmonie (cette logique est encore plus flagrante lorsque Willow est à l’université et vit pleinement son homosexualité).

Extrait n°1 : une scène où se produit un littéral jeu de renversement de la domination par le corps et dans le regard où s’alterne domination masculine et féminine.

Dans cet épisode Cordelia a fait le vœu que Buffy ne vienne jamais à Sunnydale, Willow et Xander deviennent alors des vampires. Par le regard de Willow, on découvre Angel (encore torse nu) totalement soumis à Willow qui a un corps vampirique. Elle l’approche, l’utilise, et en parallèle Xander qui a un regard masculin sur la femme, Willow, et qui se délecte de cette scène. Sa position dans le cadre montre un rôle dominant mais néanmoins dans une position passive. Même dans cet épisode de super virilité, il reste à la merci des personnages féminins.

C. Le personnage de Xander

Xander est une porte d’entrée pour le téléspectateur, homme ou femme, dans la série. Il est la figure de la masculinité qui va le plus évoluer du machoman à une figure qui réussit l’équilibre des clichés masculins ou féminins. Tout le temps il va se heurter à la question de la filiation genrée en se posant constamment la question : qu’est ce qu’être un homme libéré quand on est entouré de femmes puissantes ?

C’est un homme blanc (white boy) un peu macho mais aussi l’expression de la génération. Très rapidement il se rend compte que le rôle conventionnel dans lequel il est enfermé dans la société le met à l’étroit et doit évoluer. Dans la première saison, il tombe amoureux de Buffy ou du moins il la désire sexuellement. Il y a beaucoup de connotations sexuelles dans la série Buffy contre les vampires.

Il est castré symboliquement par les femmes. Il est une figure puissante et forte de la masculinité dans Buffy car c’est un personnage qui accepte ses faiblesses et qui n’est pas en permanence en quête de pouvoir. Dans la première saison, le désir n’est pas réciproque mais il apprend vite aussi que « non » veut dire « non » et qu’une fille a droit de dire « non ». Et même si pendant quelque secondes Buffy peut devenir une demoiselle en détresse et lui le chevalier blanc, il sait qu’elle ne lui doit rien. Pour lui c’est la mission qui importe.

Xander est confronté à des créatures monstrueuses et à des apocalypses en permanence. Il est également confronté à des figures féminines dévorantes (religieuse, ex-démon ou même Cordelia avec son tempérament volcanique n’a pas de pouvoir sur les vampires mais qui est capable d’en faire fuir un en le menaçant).

Xander doit accepter la domination féminine régulièrement et du moins l’idée d’être une figure faible. Être fort c’est accepter d’être faible car on a besoin des autres et on ne peut pas exister seul.

Aussi macho et misogyne qu’il puisse être, il est aussi la figure de l’amour absolu et développe un amour désincarné pour les deux personnages de Buffy et Willow, ce qui est une forme d’héroïsme.

C’est aussi une question de regard. Le pouvoir de Xander est celui d’observer par son regard, il est la mémoire collective de l’équipe et le garant de l’histoire collective. Il n’est pas là pour dominer et protéger. Sa force se trouve dans le fait d’être faible et de donner l’espace aux femmes pour incarner la puissance.

II ) Buffy, à la fois une héroïne et un exemple moral

A. La redéfinition du héros avec le personnage de Buffy

Buffy est une lycéenne ordinaire puis une étudiante. Elle ne réussit pas tout le temps à l’école. Elle possède une vulnérabilité qui la caractérise et qui fait d’elle un être humain et la définit autant que ses pouvoirs.

Elle est à la fois une héroïne forte et sensible. Elle possède des qualités par son pouvoir et son héroïsme mais aussi des qualités par rapport à autrui le care.

Elle a la volonté d’être la meilleure possible, de sauver le monde, la meilleure tueuse de vampires mais aussi une qualité morale qui est de faire attention à autrui et de l’attachement.

C’est d’être avec le groupe, elle et ses proches, qui lui donne sa force et de là qu’elle tire ses pouvoirs.

Le modèle du héros classique : un héros solitaire et au fur et à mesure l’individu petit à petit figure du héros s’est transformé en couple et de nos jours on a des groupes de héros.

La grande novation avec Buffy, même si c’est plus courant aujourd’hui, c’est le collectif. Buffy n’est jamais solitaire par rapport à Faith qui elle vit dans la solitude et revendique sa supériorité par rapport au reste de l’humanité. Buffy est une démocrate, elle a une volonté constante de protection de ses proches et de progresser. L’humanité de Buffy est au centre de la série.

La série nous apprend ce que c’est qu’être un meilleur humain avec sa famille et ses proches.

B. Questions de la mort et de la vie

Extrait n°2 : épisode de la mort de la mère de Buffy qui aborde la question de la mortalité.

Les vampires c’est la mort, la série rend peut-être la mort ludique et abstraite voire un peu théorique mais parfois l’aborde de front comme lors de cet épisode.

La mère de Buffy, Joyce, est ce qui ancre Buffy et la série dans une vie ordinaire. C’est une personne avec une humanité qui permet à Buffy d’être elle-même. L’épisode est choquant car il commence par la découverte du cadavre de sa mère par Buffy, seul épisode sans musique, sombre et qui est d’un réalisme très fort. On traite vraiment de la réalité de la mort car il n’est pas question de ressusciter la mère. Il est question de la mortalité qui attend chacun.

Dans cet extrait on ne voit pas le cadavre et la réalité de la mort mais la découverte de ce qu’est la place de la mort dans la réalité sociale de notre société.

Anya, copine de Xander, donne ici une description anthropologique de nos pratiques de la mort. C’est un observateur extérieur comme un explorateur dans la tribu bizarre qu’est la notre.

Il y a des choses qu’on ne comprend pas et qu’on a du mal à accepter, des pratiques de la mort qu’on ne comprend pas (pourquoi les humains vont voir les morts…). L’absurdité du sentiment de la mort est soulignée par Anya.

Comprendre ce qu’est le sentiment d’être vivant, le sentiment d’être en vie est une réflexion constante dans Buffy.

À partir de la saison 6, c’est l’ensemble des amis qui vont travailler ensemble à faire revenir Buffy et à la ressusciter. Une nouvelle question est abordée : être en vie, en quoi c’est un poids, quelque chose de difficile ?

La série exprime que le fait même d’être au lycée, être un jeune, est quelque chose de terrifiant et où il faut des capacités héroïques pour traverser certains moments.

Extrait n°3 : épisode musical pour définir qu’avoir une voix et la capacité d’expression est ce qui fait que nous sommes humains.

La parole, les dialogues sont une des grandes forces de la série. Dans l’épisode musical, à côté de la capacité de dialogue, avoir une voix et pouvoir chanter ou au contraire ne plus avoir de voix du tout est ce qui est mis en avant car chaque individu se définit par sa voix singulière. Dans ce passage là, Buffy va reconnaître que c’est dur pour elle d’être revenue à la vie.

Chaque personnage n’a pas forcément une voix harmonieuse mais c’est aussi cette dissonance qui permet d’exprimer la singularité dans le collectif.

C. Buffy, un nouveau modèle du pouvoir féminin

Le dernier épisode illustre l’affirmation de soi et le fait d’arriver à trouver sa voie soi-même à travers le collectif. Il montre aussi une nouvelle figure de l’héroïsme et de la singularité héroïque (ce qui participe aux propos féministes de la série) en proposant un nouveau modèle de pouvoir féminin sans mimer les critères masculins mais en façonnant une nouvelle forme d’héroïsme. Il n’est plus question du mythe de l’élue dans le dernier épisode (appelé Chosen ou L’Elue en français). Buffy fait exploser ce mythe de l’élue et développe l’idée que chacun, chacune, peut être comme elle : héroïque.

Extrait n°5 : dans cet extrait c’est dans l’idée d’empowerment que Buffy dit que chacun peut être comme elle lorsqu’elle donne son pouvoir à tout le monde.

Ainsi l’héroïne a ici la capacité de clore elle-même le cycle de la série. C’est la fin du cycle où elle se sacrifie, elle donne sa conclusion à la série en mettant en cause toute la série depuis le début du générique.

Féminisme qui permet ici de produire une transformation morale chez tous. C’est la démocratisation du pouvoir et de la force, par la capacité de donner à tous et toutes l’histoire du monde.

III ) Dimension éthique de Buffy : Buffy et la réalité

A. Complexité éthique dans la série

Buffy parle de la vie et de la réalité. Buffy possède un univers où l’éthique est complexe mais toujours importante et significative.

Dans la plupart des séries, le bien et le mal sont banalisés. On sait ce qui est bien ou mal et on sait quand l’héroïne fait des erreurs. Buffy a la spécificité de jouer sur les deux tableaux. On ne nous dit pas ce qui est bien ou mal mais le souci d’y penser est présent, surtout pour Buffy qui a un devoir, mais aussi pour tous les personnages.

Dès le départ le vampire est une victime teintée d’une coloration morale. Lorsqu’on apprend qu’Angel est un vampire alors qu’il combat les vampires, toutes les règles sont mises de côté.

Dans la suite de la série et ce jusqu’à saison 7, la complexité éthique provoque une nécessité pour Buffy de créer des codes, ses propres codes.

B. Buffy, représentante du pouvoir judiciaire, exécutif et législatif

Elle représente le judiciaire pour avoir recours à la force quand elle n’est pas là pour protéger. Mais elle se rend compte qu’elle détient aussi un pouvoir politique exécutif, car des gens dépendent d’elle. Enfin elle se rend compte que les règles ne correspondent pas à ce qui lui plait moralement et elle a donc également un pouvoir législatif, elle est la loi.

C. Buffy, une métaphore du 11 septembre 2001 et de la déclaration de guerre ?

Buffy a atteint une certaine zone de confort avec cette autorité, elle sait ce qu’elle fait. Cependant un cataclysme apparaît dans la série avec un ennemi différent qui demande une action différente et qui est en lien avec l’Histoire et le 11 septembre 2001, qui est un réel et profond trauma pour l’Amérique.

Buffy est une série de gauche, les auteurs sont de gauche et sont anti-militaires et agressions, il parait donc étonnant de voir que dans la réalité de Buffy on se retrouve aussi face à un ennemi qui ressemble à l’ennemi terroriste (car il n’a pas de corps, est désincarné, les disciples ont les yeux creux, sont habillés de la même façon et attaquent des jeunes filles…). Le rapport au 11 septembre est clair.

Mais pourtant Buffy n’est pas George W. Bush. Cela marque en réalité le fait que l’Amérique était en position de victime, qu’elle voulait reprendre sa vie en résistant et ne plus avoir peur. Buffy, face à cette menace décide de déclarer la guerre en décembre 2002, comme George W. Bush annonçant l’attaque de l’Irak.

Extrait n°7 : la déclaration de guerre.

Ce joli discours a provoqué beaucoup de réactions chez les fans. C’est un sujet qui hante les auteurs, or, ce qui est intéressant, ce n’est pas que Buffy reprenne les propos de George W. Bush mais plutôt que George W. Bush parle tel un super-héros. L’amalgame entre discours et discours officiel est parce qu’il emprunte un tas de choses à l’imaginaire héroïque.

La série va, à la suite de cette déclaration de guerre, traiter des réalités d’un vrai conflit, les jolis discours pour convaincre que cela va aller, ce n’est pas ainsi qu’on se bat et qu’on gagne mais cela fait partie de l’imagerie américaine de la démonstration de force.

D. Buffy, un nouveau modèle de chef de guerre

Buffy n’arrête pas de dire qu’elle a « la force ». Ici, elle n’est pas dans une dimension morale mais déterministe, dans une question militaire stratégique, or une campagne ratée se déroule et c’est le seul humain qui perd son œil (alors que l’on avait décrypté précédemment que Xander, l’humain, représentait la mémoire par ce qu’il voit).

Cette défaite mène à une mutinerie. Le goût américain classique dans l’imagerie filmique de la guerre n’est pas celui exprimé dans Buffy, ici la série parle d’autre chose.

Extrait n°8 : montée de la mutinerie et comment Buffy réagit lorsqu’elle n’est plus le chef de guerre.

Buffy, dans un premier temps, a copié le modèle du chef de guerre et ce modèle l’étouffe. Lors du retour à la démocratie et immédiatement après la libération elle s’efface, rassure celle qui la remplace. Peu de temps après elle admet qu’elle a horreur d’être générale.

À la fin, elle ne gère plus les choses de la même façon: elle relativise et n’est plus un chef autoritaire.

En partant d’une expérience militaire classique, Buffy réinvente et propose une nouvelle stratégie guerrière dans le quotidien.

4 leçons de vie qui se dégagent alors :

  • Premièrement -> Elle se rappelle de qui elle est et de l’importance de se comprendre soi-même, et son pouvoir d’arrêter de se mentir ;
  • Deuxièmement -> Elle change la donne, elle change les règles, elle fait confiance à Spike et choisit de donner une arme à son mentor ;
  • Troisièmement -> Le but est que ses filles ne meurent pas, elle refuse les dommages collatéraux ;
  • Quatrièmement -> Elle choisit le libre empowerment : on ne peut pas ni se battre tout seul ni se battre si les soldats ne sont pas d’accord, chacun se bat à sa façon mais on se bat ensemble.

Extrait n°9 : sur l’idée de relativisation.

Elle arrête de se mentir pour changer la donne et faire le bien et propose l’idée de choisir. Le choix des autres est au centre de la question.

La question du recours à la force est centrale dans la politique moderne (par exemple à l’ONU). On se pose cette question dans notre Histoire contemporaine avec toujours le même schéma narratif autour de la force. Buffy nous invite à réfléchir autrement.

Pour conclure, les intervenantes ont remercié le festival, ainsi que le Forum des Images pour cette conférence, qui est un bon début pour les Buffy studies en France mais en rappelant qu’aux Etats-Unis ces studies se développent depuis les années 90/2000. De même, pour les 20 ans de Buffy, il est important d’écrire sur la série et de la penser. Les conférencières ont donc partagé un site internet pour entretenir cette parole en mouvement participative où tout le monde est convié : buffyesque.com.

Elles invitent aussi à (re)voir Buffy pour se poser des questions sur le sens de la vie.

IV) Les questions

Première question > Pourquoi un tel engouement sur Buffy en ce moment?

Réponse > On arrive à un moment d’explosion mais cette reconnaissance se prépare depuis la reconnaissance de la série comme objet critique et objet d’analyse lors des colloques sur les séries ou encore du Festival Séries Mania. Cette reconnaissance de la série comme objet d’étude légitime s’est aussi développée grâce à l’évolution d’Internet, des réseaux sociaux et des forums.

Aussi, les journalistes écrivent plus sur Buffy qu’auparavant car certains fans de Buffy de la première heure sont devenus journalistes.

Pendant longtemps dans les études des séries et du cinéma, il y a eu une forme de frustration ou de complexe à être fan de Buffy. Néanmoins, depuis deux ou trois ans un coming out s’est effectué dû à l’émergence des études universitaires sur les séries, les conventions, les Comic Con, les acteurs de Buffy qui se déplacent, l’évolution des séries et l’émergence du mouvement Geek is beautiful.

De même, dans la communauté des critiques dans le monde anglophone, on parle de Buffy comme quelque chose d’important.

Deuxième question > Quelle est la descendance, l’héritage, de Buffy dans les séries?

Réponse > L’intégralité des séries. Ils ont changé le rapport à la continuité. Depuis Buffy, tous les actes de la série ont une conséquence, c’est une révolution générale. La manière également dont on traite d’un personnage féminin, c’est un modèle à Hollywood.

Les personnes qui ont travaillé sur Buffy ont participé à toutes les grandes séries comme Grey’s Anatomy, Lost,…

Buffy est au cœur de la culture pop de son temps et est devenue elle-même une facette de la culture pop d’aujourd’hui. Elle est également la première grande série à faire référence au méta.

Troisième question > Pourquoi ne pas avoir abordé la suite de Buffy en BD dans la conférence ? Est-ce que c’est parce qu’elle n’est pas envisagée dans les recherches universitaires ?

Réponse > La bande dessinée est un autre objet. Beaucoup de fans de Buffy ne sont pas forcément fans des comics car c’est une autre approche, un autre mode d’écriture.

On n’a pas le même rapport à cet objet là, une autre forme de texte mais tout aussi importante. C’est aussi car c’est également pour cela que Buffy est une série actuelle et la bande dessinée fait partie du Buffyverse, au-delà de la série elle-même. Lors de la conférence, il n’y avait pas assez de temps pour prendre les comics en compte mais cela montre à quel point la série persiste et continue à construire sa légende.

Des acteurs de Buffy ont écrit des comics sur la série et se sont eux-mêmes emparés de leur rôle.

Quatrième question > Pourquoi les conférences portent uniquement sur Buffy et non sur Angel ? Est-ce qu’Angel serait moins riche que Buffy ?

Réponse > Angel est tout aussi riche, car traite de choses plus troubles de la vie adulte, moins évidentes pour tout le monde.

Buffy met en images l’adolescence qui est une métaphore visible du changement de vie.

Dans Angel c’est plus complexe : on parle d’ethnicité de manière frontale par rapport aux démons avec des types de gens différents. C’est un objet moins évident donc on en parle moins facilement.

Mais il faut néanmoins revoir Angel pour se rendre compte de la relation entre la famille et le rapport à la mort, le bouleversement entre le bien et le mal en se posant des questions comme « est-ce qu’on se bat dans le bon combat si on se bat contre les démons ? ». Une série avec plus de rigueur de la part du spectateur, il faut davantage s’accrocher. Elle est plus adulte notamment sur les questions des sexualités incestueuses, relations entre les vampires et des choses plus abordées que dans Buffy.

Dans Angel, on a des thématiques comme la question de la procréation, de la création, de façon plus directe et frontale que dans Buffy.

De même, Angel est une série qui explore de façon monolithique un genre spécifique qui est le film noir alors que dans Buffy c’est un ensemble de genres qui se mêlent.

En bref, à la rédac’ cette conférence nous a passionnés et nous a donné clairement envie de revoir Buffy et Angel avec ces nouvelles clefs de lecture pour être prêts lors du Fan-Meet Buffy – Slay the Vampires de l’organisme Clouds Con qui aura lieu le 14 octobre 2017 à Paris !

AgatheBaie

AgatheBaie

Agathe, 22 ans, étudiante en Histoire et Audiovisuel à Paris. Passionnée par le cinéma hollywoodien - que ce soit celui qui nous met des étoiles plein les yeux ou celui qui nous fait réfléchir - tout en étant fan de séries ! J'aime énormément de styles différents : science-fiction et fantastique, super-héros, drames, historiques,... Mes plus gros coups de cœur : Game of Thrones, Glee, Ally McBeal, Outlander et Sweet/Vicious. Elles ont un point commun : les personnages féminins forts et charismatiques, avec du caractère et traitent de sujets culturels ou de société qui nous touchent tous.

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