Review Pilot – Here and Now : on continue ou pas ?

Here and Now est la nouvelle série de Alan Ball, créateur de Six Feet Under et True Blood, et scénariste oscarisé du film American Beauty.

Synopsis : Un professeur de philosophie, sa femme avocate, leurs trois enfants adoptifs (de Somalie, du Vietnam et de Colombie) et leur enfant biologique semblent mener la vie parfaite de la famille progressiste américaine. En réalité, ils connaissent des temps difficiles, car l’un des enfants commence à voir des choses que personne d’autre ne voit. Est-il mentalement malade ? Ou bien est-ce autre chose ?

La série vient d’être lancée : alors, on continue ou pas ?

Une famille déjantée

13 ans après la fin de Six Feet Under, Alan Ball revient à la chronique familiale avec Here and Now.

La série a clairement l’ambition de dépeindre le quotidien d’une famille moderne d’aujourd’hui,  avec son lot de joies, de conflits et de non-dits.

La famille se compose ainsi de Greg Boatwright (Tim Robbins), le père tout frais sexagénaire, professeur de philosophie reconnu, marié à Audrey (Holly Hunter), ancienne thérapeute. Les deux personnages sont parents de quatre enfants, dont trois ayant été adoptés originaires de différents pays : Ashley, originaire de Somalie, Ramon, qui vient de Colombie et enfin Duc qui est originaire du Vietnam. Le couple a ensuite eu une fille biologique, Kristen. Une famille rayonnant sous le signe de la diversité, dans une Amérique post-Trump (oui, c’est très subtil).

Évidemment, les apparences qui dépeignent une famille heureuse et unie cachent bien des secrets : Greg souffre de dépression et fréquente une prostitué, Audrey n’est probablement pas aussi heureuse qu’elle n’y parait. Kristen, leur fille biologique, semble elle aussi perturbée, elle reste cloitrée dans sa chambre à fumer et à draguer sur internet des hommes plus âgés. Quant aux trois enfants adoptifs, ils semblent souffrir du fait que leurs parents soient si fiers de leur réussite et de la diversité de leur famille, se servant d’eux comme modèle de leur exemplarité, à la limite du ridicule (les enfants ont notamment droit tous les ans à des plats/traditions/coutumes de leur pays d’origine pour leur anniversaire).

Ball s’est toujours intéressé à des personnages pour le moins dysfonctionnels, hantés de névrose. C’était le cas, de manière remarquable, dans Six Feet Under, véritable chef d’oeuvre télévisuel (on a encore tous en tête le final extraordinaire qu’il nous en a offert). On peut alors se demander pourquoi revenir à ce genre de récit, et prendre le risque de faire moins bien ?

C’est la question à laquelle devra répondre Here and Now, qui se révèle pour l’instant intéressant au visionnage de ce premier épisode, rythmés de dialogues pertinents et de personnages hauts en couleur, campés par des acteurs de premier plan (on pense évidemment à Holly Hunter et Tim Robbins, tous deux oscarisés, qui donnent le tempo à des acteurs plus novices mais tous aussi convaincants).

L’originalité de la série tiendra peut être des réponses apportées aux hallucinations (ou pas ?) de Ramon, sur lesquelles semble reposer l’intrigue. Ball va-t-il ajouter un peu de fantastique et de surnaturel à son récit ? Here and Now est-elle un condensé de Six Feet Under et de True Blood ?

La réponse viendra probablement de la relation avec son psychiatre, avec lequel il partage probablement un lien sans le savoir.

 

C’est bien mais…

Visuellement et en terme de récit, Ball ne prend aucun risque contrairement à ses précédentes séries, et c’est un point de déception.

Là où l’auteur (qui a réalisé et écrit le premier épisode), s’avère plus ambitieux, c’est dans le projet de lancer une telle série en face d’une chaine concurrente avec This is Us, qui réussit si bien dans le genre de la chronique familiale. La comparaison est bien sûr inévitable, avec de nombreux points communs (les enfants adoptés notamment), si ce n’est que les Pearsons sont bien moins névrosés.

Si la seule façon de s’en démarquer consiste pour Ball à rendre ses personnages cinglés à la Shameless, l’intérêt en sera vite limité par l’impression de déjà vu.

De plus, certains aspects de ce premier épisode semblent verser dans la facilité et ont un côté presque superficiel : le tout nouveau sexagénaire qui remet tout en question et trompe sa femme avec une prostituée, la maman hippie qui semble ne rien voir aux problèmes de ses enfants…

Beaucoup de clichés dans l’écriture des personnages, plutôt étonnants de la part de Ball qui se démarque habituellement par ses talents sur ce sujet.

Il faut également craindre que le mystère autour du personnage de Ramon et de ses visions soit utilisé en fin d’épisode systématiquement pour tenir le spectateur en haleine et lui donner envie de voir la suite… Là encore, Ball nous a habitué à plus de subtilité par le passé.

 

En conclusion

En résumé, Here and Now laisse dans l’ensemble une bonne impression et on a envie de laisser le bénéfice du doute à Alan Ball en connaissant son talent et ses précédentes créations. En revanche, la série risque de vite s’essouffler et il faudra voir si, après 10 épisodes, l’intérêt de poursuivre pour une probable saison 2 est toujours présent ou pas..

Un pilot plutôt surjoué dans sa conception et son propos, dont on espère que les clichés et les grosses ficelles finiront par s’étioler au fil des 9 épisodes restants. Oui on continue, mais avec quelques réserves toutefois.

Theobald

Moi c’est Thibault, j’ai 24 ans et je suis autant passionné de séries que de films. Je passe le plus clair de mon temps libre à essayer d’être à jour entre les différentes sorties, et les différentes publications sur le sujet (sites, magasines, etc…). Concernant les séries, puisque c’est ici le sujet, je crois que la première que j’aie vraiment regardée assidûment et qui m’a fait plonger dans l’addiction était Buffy contre les Vampires, que je trouve d’ailleurs toujours très actuelle dans les thèmes très riches qu’elle a développés, et j’aime beaucoup le travail de Joss Whedon. Ensuite, même si je ne l’ai pas terminée et que le reboot ne m’intéresse pas, j’ai découvert le streaming et la VOSTFR à l’époque avec Prison Break, dont j’avais dévoré les deux premières saisons. Depuis, je pense avoir découvert des programmes de bien meilleure qualité, qui m’ont fait réaliser que la frontière entre les séries et le cinéma est parfois maigre : Les Soprano, Six Feet Under, Breaking Bad, Twin Peaks, Lost, Fargo, Friday Night Lights, mais aussi des séries plus légères comme Scrubs, Louie… Bref, la liste est longue !

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