Review Pilot : The Deuce, on continue ou pas ?

Le 10 Septembre, HBO lançait sa nouvelle série, The Deuce, créée par David Simon, le papa de la culte The Wire, de Treme et plus récemment de Show me a Hero, toutes adoubées par la critique.

Synopsis : L’essor de l’industrie pornographique du début des années 70 au milieu des années 80. Dans les magasins spécialisés, un autre cinéma se vend sous le manteau. Des films pornographiques un peu cheap, tournés à la chaîne, avec de minuscules moyens. Mais bientôt, tout cela va changer… Aux premières loges de cette révolution culturelle, deux frères jumeaux propriétaires de bars servant de couverture aux mafieux du coin, Vincent et Frankie Martino et Candy, prostituée en quête de liberté, visionnaire courageuse à l’écoute des évolutions de son époque.

  • Mafia, drogue, prostitution au programme

Ce premier épisode dépeint un New-York des années 70 avec tous ses vices : sexe, drogue, trafics en tout genre et milieu nocturne. Il y a donc fort à parier qu’une fois encore, David Simon nous livrera une série teintée d’une noirceur à la beauté indiscutable. Notons par ailleurs que « Deuce » signifie « démon » en vieil anglais.

L’action principale se situe dans le bar que tient l’aîné des jumeaux Martino (tous deux incarnés par un James Franco impeccable), lieu de rencontre des différents protagonistes (mafieux, prostitués, macs, etc.) et de trafics plus ou moins louches (surtout plus).

Parmi la galerie de personnages qui nous est proposé, on retiendra particulièrement le personnage de Eileen/Candy, campé par une Maggie Gyllenhaal géniale, prostituée affranchie de son proxénète et en quête de liberté, dont on sent dès ce pilote que l’évolution de son personnage s’annonce extrêmement intéressante.

Ce pilote transpire la noirceur et l’insécurité ambiantes : le récit est brutal et exubérant voire poisseux, mais il y a fort à parier que le traitement qu’en fera Simon sera également profondément émouvant.

  • Bouleversement (cul)turel

Dès 1971, l’Etat de New-York révise ses lois sur la pornographie. The Deuce est l’histoire de cette mini-révolution culturelle qui va néanmoins bouleverser le quotidien de la ville, faisant passer la pornographie de pratique clandestine à l’immense industrie qu’elle est aujourd’hui.

Ce pilote dépeint alors cette évolution (timidement sur ce premier épisode, on devine l’évolution à venir), tout en s’intéressant à l’aspect humain et à la marchandisation des corps.

  • Série engagée et féministe ? 

The Deuce doit malgré tout répondre à un défi sous-tendu : comment éviter de tomber dans le machisme en traitant un sujet de base plutôt misogyne ?

David Simon a toujours livré des séries d’une profonde intelligence, malgré des sujets délicats : racisme, pauvreté, précarité… C’est encore le cas avec The Deuce et c’est admirable.

Une scène très intéressante montre Eileen arriver sur les lieux du tournage d’un film X, visiblement différent de ce qu’elle imaginait : elle décide alors qu’elle sera elle-même réalisatrice et que, là encore, elle prendra son destin en main. Simon prend le parti pris d’un personnage féminin fort et amener à évoluer (ce qui rappelle fortement le personnage de Peggie Olson dans Mad Men, symbole de l’émancipation des femmes dans les années 60) au sein d’un milieu macho, et qui s’annonce comme le personnage le plus intéressant de la série.

Par ailleurs, Simon a indiqué avoir collaboré avec des scénaristes gays/transgenres afin d’adopter un point de vue différent, et notons également que la moitié des épisodes de la première saison de The Deuce sont réalisés par des femmes.

Conclusion : bien sûr, on continue après cet excellent pilote, qui augure d’une saison d’une qualité rarement vue et dans la lignée des précédents créations de David Simon. Chaque scène est un régal de mise en scène, riche de personnages remarquablement écrits et portés par des acteurs de premier choix, The Deuce pourrait rapidement devenir aussi culte que ses prédécesseurs et marquer son époque. Et puis, créer une série qui à la fois rend hommage et égratigne le milieu pornographique sur une chaîne comme HBO (souvent décriée pour les nombreuses scènes de nudité dans ses productions), relève presque du génie non ?

Malgré tout, The Deuce n’est jamais glauque, et est allégée par de savantes doses d’humour et une galerie de personnages amenés à évoluer au fil de leurs rencontres, ce qui est un peu la marque de fabrique de Simon, si fort pour développer des personnages fascinants.

5/5

Theobald

Moi c’est Thibault, j’ai 24 ans et je suis autant passionné de séries que de films. Je passe le plus clair de mon temps libre à essayer d’être à jour entre les différentes sorties, et les différentes publications sur le sujet (sites, magasines, etc…). Concernant les séries, puisque c’est ici le sujet, je crois que la première que j’aie vraiment regardée assidûment et qui m’a fait plonger dans l’addiction était Buffy contre les Vampires, que je trouve d’ailleurs toujours très actuelle dans les thèmes très riches qu’elle a développés, et j’aime beaucoup le travail de Joss Whedon. Ensuite, même si je ne l’ai pas terminée et que le reboot ne m’intéresse pas, j’ai découvert le streaming et la VOSTFR à l’époque avec Prison Break, dont j’avais dévoré les deux premières saisons. Depuis, je pense avoir découvert des programmes de bien meilleure qualité, qui m’ont fait réaliser que la frontière entre les séries et le cinéma est parfois maigre : Les Soprano, Six Feet Under, Breaking Bad, Twin Peaks, Lost, Fargo, Friday Night Lights, mais aussi des séries plus légères comme Scrubs, Louie… Bref, la liste est longue !

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