The Magicians (SYFY France) : l’avis de la rédac’ sur la saison 3 !

La troisième saison de The Magicians vient de s’achever ce mardi 19 juin sur SYFY France, mettant un terme à la quête de nos héros afin de faire revenir la magie sur Terre. Ont-ils réussi ? Que vaut cette nouvelle saison ? Voici notre avis !

***Attention, cet article contient des spoilers !***

 

  • Une série de plus en plus délurée…

Et c’est un euphémisme ! De saison en saison, The Magicians nous emmène davantage vers le fantasque, le bizarre, le déluré et le décalé, rien que ça !! Et pourtant, cette troisième saison est encore plus débridée que les précédentes et ce, dans une maîtrise totale du genre (si genre il y a, étant donné le mélange de styles de la série). Aussi farfelues soient les situations, tout se tient et l’incohérent est ici cohérent. Le show a le mérite d’oser, en prenant des risques qui vont à l’encontre des codes habituels établis. Nous ne manquons donc pas d’être surpris à chaque rebondissement que la série propose, et paradoxalement, nous ne sommes parfois que peu étonnés face à certaines scènes tant le show va loin dans l’imaginaire ! Des lapins messagers, un bar avec animaux qui parlent, un bateau qui a une âme et qui vole, des os de fées qui donnent des pouvoirs en les sniffant, un prince qui se fait décapiter par son frère le jour de son mariage sous les yeux de sa future épouse, un dîner sanglant où tous les convives se font massacrer, un monde parallèle où le héros est devenu l’ennemi… Bienvenue dans The Magicians !

La liste pourrait encore continuer tant il y a d’éléments abracadabrants (aux deux sens du terme) dans le show. Cette saison a même osé tenter l’expérience de l’épisode musical, avec brio. Loin de commettre une fausse note (au sens figuré cette fois), cet épisode est au final l’un des meilleurs de la série et la scène où toute la bande chante du David Bowie fait désormais partie des meilleurs moments délivrés par cette saison, à l’instar du dialogue codé entre Eliot (Hale Appleman) et Margo (Summer Bishil) qui se veut un hommage à la pop-culture dans l’épisode 1, ou de l’introduction de l’épisode 12 qui prône une mise en abyme à la limite de casser le quatrième mur -puisque la voix-off de Josh (Trevor Einhorn) nous annonce “Précédemment, dans nous” au lieu de “Précédemment, dans The Magicians” ! En bref, un décalage osé et assumé !

 

  • … aux multiples rebondissements

En effet, les twists sont légion -la mort de Penny (Arjun Gupta), Julia (Stella Maeve) qui devient déesse, Fray (Madeline Arthur) qui n’est pas la vraie fille d’Eliot et de Fen (Brittany Curran), Margo qui est élu Grand Roi de Fillory, la trahison de Dean Fogg (Rick Worthy), etc.- et empêchent le téléspectateur de tomber dans l’ennui ou le désintérêt. C’est là la force de The Magicians : tout est imprévisible, on ne sait jamais à quoi s’attendre… Les scénaristes ne choisissent pas la facilité ni l’évidence mais vont vers l’inattendu. Autre point fort du show : l’humour, sans quoi le ton décalé serait beaucoup plus lourd ! Le comique de mots ou de situation est en effet omniprésent malgré le sérieux des sujets parfois évoqués. Il passe par le biais de certains personnages, notamment Eliot et Margo qui nous offrent quelques répliques piquantes ou drolissimes, telles que le surnom Tinker Bitch donné par Margo pour évoquer la Reine des Fées (jeu de mots sur Tinker Bell, qui est la Fée Clochette en VO et le mot ‘bitch’, ndlr). Ainsi le mélange de styles de fantasy, mêlée à l’aventure, mais aussi parfois à l’horreur et saupoudré d’humour en fait une recette gagnante et parfaitement équilibrée.

Côté intrigue, la quête est une très bonne idée puisque toujours fédératrice, le téléspectateur en étant friand. Cette quête des 7 clés rassemblera nos magiciens mais bien évidemment, rien ne se passera comme prévu ! La fin de saison, bien que triste en raison de l’échec de la mission de nos héros, relance la donne et pose déjà les prémisses de la saison 4 (Eliot devenu l’ennemi, Alice enfermée à la Bibliothèque, le reste des protagonistes amnésiques, les dernières paroles mystérieuses de la Reine des Fées à Fen…). Notre curiosité est piquée et nous avons hâte de voir ce que la quatrième saison réservera à nos magiciens !

 

  • Des personnages en constante évolution, pour le meilleur…

En plus de l’intrigue, du mélange des genres ou des twists, le développement psychologique des personnages est particulièrement soigné et cohérent. Certains protagonistes secondaires prennent même de l’importance cette saison, tandis que des principaux en perdent. Tout peut arriver dans The Magicians et c’est ainsi qu’un personnage ennuyeux en début de série est devenu bien plus intéressant au fil des saisons… Julia ! D’abord aigrie de ne pas avoir pu intégrer Brakebills, la jeune femme a par la suite connu des moments difficiles à cause de Richard (Mackenzie Astin) et a désormais le statut de déesse. Seule personne à avoir encore des ressources magiques, Julia fera preuve de courage, de sacrifice et de loyauté envers ses amis, qui ne l’ont pourtant pas toujours considérée comme telle. Dans la même veine que Julia, Eliot est devenu une toute autre personne depuis son ascension au trône de Fillory, qu’il a désormais perdu en faveur de sa petite Bambi (comme il la surnomme affectueusement), à savoir Margo. Les deux inséparables étaient les amuseurs de service en saison 1, et se montraient parfois agaçants et égocentriques. Or, désormais, tous deux ont le sens des responsabilités et ont mérité leurs titres royaux. Leurs dialogues et répliques sont particulièrement savoureux et amènent une touche d’impertinence à la série.

Dans le final de cette nouvelle saison, le téléspectateur vit un véritable ascenseur émotionnel puisque l’on pense qu’Eliot est le seul épargné par la potion de Dean Fogg et qu’il reconnaît Quentin (Jason Ralph) en raison du lien fort qui les unit, mais en réalité, il est devenu possédé par le monstre que même les dieux craignent lorsqu’il prononce les mots “Tu veux jouer avec moi ?“. Quant à Margo, alors qu’on pense que ses souvenirs vont resurgir lorsqu’elle fait face à Josh, il n’en est rien également… A noter que Josh fait par ailleurs partie des personnages secondaires mis en avant cette saison, qu’il sera intéressant de découvrir davantage en saison 4, tout comme Fen ! Certains, comme la Reine des Fées (Candis Cayne) ont également connu un développement surprenant… En effet, qui aurait cru en début de saison qu’on finirait par la regretter ? En changeant son statut d’ennemi à héroïne, les scénaristes nous montrent à nouveau leur volonté de prendre le contre-pied total de nos attentes. Au final, rien ne prédestinait certains personnages à une telle évolution, et pourtant, tous n’ont pas subi le même traitement…

 

  • … et pour le pire

Prenons l’exemple d’Alice (Olivia Taylor Dudley), qui est un personnage présent depuis le début de la série et qui a connu une évolution poussée la saison dernière, puisqu’après s’être sacrifiée pour la bande, elle a été ramenée à la vie sous forme de Niffin, entité malfaisante. Nous avions alors aperçu des facettes différentes du personnage, et son avidité pour le pouvoir magique n’a pas disparu cette saison. En effet, Alice va loin pour récupérer de la magie, comme vouloir se faire transformer en vampire, avant d’en être empêchée par Julia, mais elle est surtout prête à trahir ses amis pour atteindre son objectif. En fin de saison, paradoxalement, elle décidera de détruire la magie au lieu de la restaurer, trahissant tout de même ceux qui lui faisaient confiance et ironiquement, alors qu’elle voulait être la seule à oublier, elle sera au contraire la seule à se souvenir… Tout ce qui nous a été présenté tout au long de la série est cohérent et en arrive à ce point : la Alice que voit Penny écrit la vie de tous les personnages à la Bibliothèque, or, dans la réalité actuelle, Alice appartient désormais à la Bibliothèque après avoir cassé un pacte… Bien qu’ayant perdu en importance et en pertinence, l’évolution d’Alice reste logique, comme nous l’a confiée son interprète lors de notre interview avec elle, et elle démontre surtout que les scénaristes ne tombent pas dans le fan-service en proposant une version édulcorée du personnage.

Résultat de recherche d'images pour "the magicians season 3"

Quant à Penny, le pauvre connaît un funeste sort en début de saison et bien que l’on refuse de croire à sa mort, elle semble bel et bien définitive lorsque nous est présenté Penny 23, version alternative du voyageur, que l’on comprend rapidement être son remplaçant dans l’équipe. Cependant, ce nouveau personnage apporte un vent de fraîcheur puisqu’il permet de relancer les cartes, en proposant des interactions inédites, à l’instar de celle entre lui et Julia, qui était sa compagne dans son monde parallèle. Un mal pour un bien peut-être ?

 

  • Des messages importants

The Magicians a beau être un divertissement, le show évoque aussi des sujets sérieux qu’il illustre parfois mieux que des séries dramatiques classiques. Commençons par le traitement de la dépression à travers le personnage de Kady (Jade Tailor) suite au décès de l’homme qu’elle aime. Le sujet est d’abord représenté par le déni de la mort de Penny qu’elle n’accepte pas, puis par sa tentative de suicide, qui mène à son internement. Déni, acceptation, chagrin et désespoir sont partie intégrante du processus de deuil, que le personnage doit entamer s’il veut avancer. Épaulée par Julia, Kady remontera petit à petit la pente mais restera profondément marquée par cette tragédie, qui la plonge dans une dépression post-traumatique. Mais la série ne s’arrête pas là et aborde également le thème de l’esclavagisme et de la ségrégation à travers les Fées. Reprenant une vraie croyance selon laquelle la poudre d’os d’albinos aurait des propriétés magiques dans certaines cultures africaines poussant à la capture et à la mutilation, les Fées sont ici présentées comme victimes des maltraitances des humains, et ce, uniquement pour leur conférer un pouvoir qu’ils n’ont pas. Amputées, torturées, ou décapitées, les Fées deviennent esclaves d’une race qui se croit supérieure, scandalisant le téléspectateur qui ne peut que se réjouir du massacre de leurs oppresseurs dans une sanglante scène en fin d’épisode 10.

La série nous permet aussi de comprendre la valeur de la vie dans l’épisode 5, alliant nostalgie et tristesse, mettant en scène Eliot et Quentin partant à la recherche d’une clé qui leur coûtera toutes leurs années restantes à vivre. Ce n’est que lorsqu’Eliot mourra que Quentin prendra conscience de la valeur de la vie et que s’offrira à lui la solution. Dans la même lignée, l’épisode 11 suggère ce que la vie aurait pu être si l’on avait d’autres choix en présentant le monde alternatif 23, emmenant Josh et Julia dans une digression dont les conséquences s’avéreront utiles pour la suite de leurs aventures. De plus, cet épisode bénéficie d’une mise en abyme, comme évoqué en fin de paragraphe 1, nous montrant que la série a conscience d’elle-même en faisant preuve d’une auto-dérision sans faille (Josh propose par exemple un nom de ship entre lui et Julia, qui est quasi-impossible puisque leurs premières initiales sont identiques !). Outre ces sujets, The Magicians affiche un message de tolérance, que ce soit à travers les peuples ou les relations humaines, faisant preuve d’une ouverture d’esprit sans limite et nous rappelant que “love is love“, et ce, par le biais de personnages LGBT ou par celui de Fray qui tombe amoureuse d’un ours humanisé. Mais l’apogée de cette saison est sans nul doute l’épisode 8, sur la surdité, que nous allons développer davantage dans le point suivant…

 

  • Un show esthétiquement travaillé

Parce que la forme est tout aussi importante que le fond, la réalisation est loin d’être négligée dans le show ! Très soignée et travaillée, on sent l’application des showrunners (Sera Gamble et John McNamara) à nous offrir une série aussi profonde qu’esthétique. C’est ainsi que la réalisation dessert les propos abordés dans la série. Comme évoqué ci-dessus, l’épisode 8 a un format tout aussi atypique que la force de son message : composé de 6 histoires courtes qui se déroulent chacune selon le point de vue de différents protagonistes, nous sommes plongés pendant plusieurs minutes dans le silence le plus complet et ce, afin de ressentir ce que vivent les malentendants à travers le personnage de Harriet (Marlee Matlin) ! Une prise de risque atypique mais qui paie pourtant, puisque nous n’avons d’autre choix que de nous mettre à la place du personnage, les minutes nous semblant interminables. Tout est donc intelligemment pensé dans la série.

Faran Tahir and Hale Appleman in The Magicians (2015)

Malgré le budget qui incombe à un network tel que SYFY, tout est mis en oeuvre pour créer une mythologie crédible et, des décors aux costumes, en passant par les effets spéciaux et même le maquillage des créatures, tout pointe vers un accomplissement de la volonté des showrunners. Rien n’est laissé au hasard, tout concorde pour donner vie à la mythologie de The Magicians. Du bateau qui vole au cache-œil de Margo ou encore à Fillory, rien n’est ridicule -ou ridiculisé. Mieux encore : le travail des images -et du son- délivre une certaine émotion, voire même une certaine poésie lors de certaines scènes. Ainsi, comment ne pas verser une larme face à la vie d’Eliot et Quentin qui passe en accéléré dans l’épisode 5, nous montrant le temps de toute une vie qui défile en quelques minutes ? Ou vibrer, rire, pleurer face à des situations aussi saugrenues et surprenantes les unes que les autres proposées cette saison ?

 

En conclusion, cette troisième saison marque l’apogée de The Magicians tant tous les éléments sont réunis pour en faire la meilleure saison du show, voire même l’une des meilleures saisons de l’année toutes séries confondues ! Au programme : enjeux importants, acting impeccable, réalisation osée, messages forts, prises de risques dans l’intrigue, interactions entre tous les personnages, dosage parfait d’humour, d’action et de bizarre…  Bien que peu populaire, méconnue et parfois sous-estimée, The Magicians est une série adulte, intelligente, ambitieuse et atypique réservée à un public averti, qui n’est pas à mettre entre toutes les mains. En bref, cette troisième saison est un petit bijou dans un écrin et réalise un sans-faute total, du jamais-vu à la rédac’ ! Note : 5/5 !

Setsuna

Setsuna

Passionnée de séries américaines depuis toute petite, je suis tombée dans la marmite avec Beverly Hills 90210 et Lois & Clark. Ont suivi Buffy, Charmed, Le Caméléon, Roswell… Assez éclectique, je peux aussi bien regarder Sex and the City que Stargate SG-1. J’ai toutefois une préférence pour le genre fantastique, le quotidien réaliste m’ennuyant quelque peu… Les séries représentent beaucoup pour moi : on s’identifie aux personnages, ils nous font grandir en nous inspirant leur force (Sydney Bristow, Alias) et certains moments qu’ils vivent nous aident à traverser nos propres épreuves. Voilà donc pourquoi je tenais à leur rendre hommage en participant à ce site !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.