Alias Grace (Captive) : l’avis de la rédac’ sur la série !

2017 est définitivement l’année de Margaret Atwood ! Après l’adaptation très remarquée de son roman La Servante écarlate par Hulu (The Handmaid’s Tale), c’est son roman Alias Grace (Captive en version française) qui a été adapté. D’abord diffusé sur CBC et récemment dévoilée sur Netflix, nous changeons totalement de genre et d’univers mais les thématiques principales ne sont pas si éloignées d’une série à l’autre…

Alors que The Handmaid’s Tale nous faisait ouvrir les yeux sur certains aspects de notre société et nous donnait envie de nous révolter, Alias Grace retourne dans le passé pour parler d’un fait réel et nous pousse à réfléchir, à nous faire passer presque pour des enquêteurs. Alors, de quoi ça parle ? Publié en 1996, le roman est une fiction historique qui se déroule en 1843 et nous présente l’affaire du terrible double assassinat d’un employeur, Thomas Kinnear (Paul Gross) et de Nancy Montgomery (Anna Paquin), la gouvernante. Deux employés de la maison sont accusés : Grace Marks (incarnée avec brio par Sarah Gadon), notre personnage principal, et James McDermott (Kerr Logan). Ils sont jugés coupables : James est pendu alors que Grace est condamné à la prison à vie.
Le roman s’inspire d’un fait réel, mais Margaret Atwood y a ajouté de nombreux éléments lui permettant de faire avancer l’intrigue : c’est ainsi que Simon Jordan (Edward Holcroft), un médecin, va être chargé d’enquêter sur cette fameuse affaire et de donner un nouveau rapport en ce qui concerne Grace. Ce rapport, réclamé par le révérend, devrait idéalement être en faveur de Grace et lui permettre de retrouver la liberté, mais une analyse précise des faits et de la jeune femme est nécessaire. À l’aide d’entretiens minutieux, le médecin et la condamnée vont revenir sur les événements de toute une vie, jusqu’à cette fameuse attaque.

Nous vous avions donné notre avis sur le premier épisode, et le reste de la saison reste dans la même atmosphère. Sarah Gadon est une actrice qui donne absolument tout ce qu’elle a pour incarner le rôle de Grace, nous offrant des scènes incroyables et nous prouvant son talent. Si l’on déplore le manque de développement de certains personnages (principalement Nancy Montgomery, qui passe de l’amie soucieuse à la domestique possessive et jalouse en un rien de temps mais qui aurait mérité plus de scènes, ou même Jeremiah (Zachary Levi) qui semble avoir été un peu oublié dans le scénario), on ne peut nier que le personnage le plus important (à savoir, Grace) est celui qui nous offre les meilleures scènes et les meilleurs échanges dans la série. C’est un personnage difficile à cerner, à comprendre, on ignore réellement qu’elles sont ses motivations au début de la saison. Les choses s’éclaircissent petit à petit alors qu’elle nous raconte sa vie, sa version de l’histoire. Le personnage qui nous semble distant, froid et manipulateur au début de la saison, devient de plus en plus attachant au fil des épisodes et ce, parfois bien malgré nous.

Grace, enfermée depuis une quinzaine d’année, ne se confie pas et parle peu… Elle reste un mystère et devient une sorte de curiosité pour la bonne société de Kingston. Elle se dévoilera au fil des épisodes à l’aide de flash-backs qui nous feront découvrir toute sa vie, depuis son enfance et son départ d’Irlande jusqu’à son second jugement. Ces entretiens sont comme des affrontements, les dialogues entre le Dr. Simon Jordan et Grace prennent une allure de combat. Alors qu’il essaye désespérément de savoir si elle ment, ou si elle est victime d’hallucinations, elle ne le met sur aucune piste et le mène en bateau. Le témoignage de Grace nous permet de construire une chronologie des événements, mais en tant que téléspectateur, nous sommes également pris à parti. Même si la série est racontée du point de vue de Grace, il est difficile de savoir, de distinguer le vrai du faux et nous savons que quelque chose ne tourne pas rond. Un élément presque surnaturel qui amène la série à un mélange de genres, un élément qui sera d’ailleurs révélé tard dans la saison pour maintenir une sorte de suspense, et qui nous fera mieux comprendre les agissements de la jeune femme et les différentes versions des faits. La série mélange alors l’histoire, le spirituel, le surnaturel, le témoignage… Et c’est un mélange des genres qui fonctionne à merveille car porté par le jeu impressionnant de l’actrice principale !
On soulignera l’aspect feutré de la mise en scène das Alias Grace qui correspond totalement au mystère que l’on cherche à élucider. Toute la saison tourne autour de la possible culpabilité de Grace, et les couleurs passées des costumes, des décors et de l’image en général, nous plongent dans une sorte de brouillard.

Le thème le plus flagrant de cette mini-série est bien sûr l’identité de la femme. Un thème que l’on retrouvait également dans The Handmaid’s Tale et qui semble tenir à cœur de Margaret Atwood. Alias Grace nous présente la vie des femmes qui n’ont aucun droit, de par l’époque où elles évoluent, à travers les yeux d’une femme qui découvre qu’elle possède un pouvoir sur les hommes.
Le parallèle entre les deux amies, Grace et Mary Whitney (Rebecca Liddiard), en est l’un des exemples et mérite rien qu’à lui que l’on jette un coup d’œil à la série : alors que Mary pensait pouvoir prendre contrôle de son avenir, rêvait de grandes choses et aspirait à une meilleure vie que celle d’une domestique, meurt dans d’atroces souffrances après avoir été manipulée par un homme qui avait plus de pouvoir et une meilleure situation qu’elle. Elle est victime de la société et des hommes. Grace, de son côté, se fait une discrètement une place et s’impose aux autres avec douceur. Elle ne fait que fuir les gens qui lui font du mal, à commencer par son père, puis ses employeurs, pour finalement obtenir une place de domestique qui aurait dû revenir à une femme avec plus d’expérience. C’est finalement Grace qui, alors qu’elle n’exprimait aucun désir d’indépendance et malgré l’accusation de meurtre, s’en sort le mieux. La série nous offre une évolution des deux personnages qui, alors qu’elles démarrent au même poste, prennent des directions totalement opposées.

Conclusion : en six épisodes seulement, Alias Grace parvient à installer une atmosphère étrange et feutrée, à nous présenter un personnage principal difficile à cerner mais à qui l’on ne peut s’empêcher de s’attacher, et des acteurs au jeu impressionnant. Notre note : 4/5

Owlhazel

Owlhazel

Aude, 24 ans et apprentie libraire sur Paris. Je divise mon temps libre entre les séries et la lecture. Mon genre de prédilection reste de loin les séries en costumes et historiques, majoritairement anglaises, appelées aussi period drama. Je regarde aussi beaucoup de séries fantastiques, mais j’ai beaucoup de mal avec les comédies. J’aime pleurer et voir mes personnages préférés en baver avec la vie. Mes séries préférées vont des Tudors à Game of Thrones en passant par The White Queen et Outlander, avec un petit détour par Vikings et Peaky Blinders.

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